La SSJB demande au premier ministre Legault de ne pas normaliser pour 2022 les arrangements exceptionnels qui, depuis l’année dernière, en raison de la pandémie, et nous le comprenons tous, ont fragilisé le statut et la portée de la Fête nationale du Québec à Montréal.

 

Zacharie Goudreault  LE DEVOIR

 

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’inquiète de la perspective que le grand spectacle de la Fête nationale cesse d’être une tradition annuelle dans la métropole, au terme de la pandémie.

Depuis des décennies, le grand spectacle de la Fête nationale attire chaque année des dizaines de milliers de personnes au cœur de Montréal, de même que des centaines de milliers de téléspectateurs. Une immense foule se réunit aussi pour l’occasion sur les plaines d’Abraham, à Québec.

Dans le contexte de la pandémie, le gouvernement Legault a toutefois décidé de tenir un seul grand rassemblement télévisé pour la Fête nationale. L’an dernier, celui-ci a eu lieu à Trois-Rivières et a attiré l’attention de plus de deux millions de téléspectateurs. Cette année, l’événement sera diffusé à partir de Charlevoix, le 24 juin.

Or, le Comité de la Fête nationale de la Saint-Jean (CFN) de même que la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) craignent que cette formule exceptionnelle perdure au-delà de la pandémie. Le grand spectacle de la Fête nationale continuerait alors d’être présenté « en rotation » d’une région à l’autre de la province, « ce qui priverait la métropole et la capitale de ces deux spectacles », affirme Mme Plante, en entrevue au Devoir vendredi.

« Pour nous, ça n’a pas de bon sens. On veut absolument le conserver [le spectacle annuel à Montréal] étant donné que c’est un événement qui est rassembleur et qui fait la promotion de la culture francophone », ajoute-t-elle.

Des signes inquiétants

Jusqu’à maintenant, le gouvernement Legault n’a pas confirmé sa position à cet égard. Son budget 2021-2022 prévoit cependant 2 millions de dollars sur deux ans pour « offrir un grand spectacle télédiffusé, ayant lieu en région », donc à l’extérieur de Montréal.

« C’est depuis le mois de novembre que Mme Roy, la ministre de la Culture, nous a informés que son souhait, c’est que dorénavant, après la pandémie, il n’y ait qu’un seul grand spectacle télévisé et que ça ait lieu en région », confirme aussi la présidente du CFN, Louise Harel.

Le cabinet de la ministre Nathalie Roy n’a pas répondu aux questions du Devoir, vendredi.

« On est très inquiets, c’est sûr. Ça n’a aucun sens qu’il n’y ait plus de fête nationale télévisée dans la métropole », lance pour sa part la présidente de la SSJB, Marie-Anne Alepin.

 

Protection du français

Afin d’augmenter la pression sur le gouvernement Legault, la mairesse Valérie Plante a inscrit une déclaration étoffée à l’ordre du jour de la prochaine séance du conseil municipal, lundi prochain. Celle-ci demande donc à Québec de « garantir » que le grand spectacle de la Fête nationale à Montréal pourra revenir en 2022. Il ne faudrait pas, peut-on lire, que les « arrangements temporaires » mis en place dans le contexte de la pandémie « deviennent permanents ».

« Je ne veux rien en enlever aux autres régions, ce n’est pas là la question. Mais Montréal, c’est une terre d’accueil. C’est ça que j’aime. La Fête nationale, c’est un moment qui nous unit. Peu importe d’où on vient, si ça fait longtemps qu’on est ici ou qu’on vient d’arriver, on va fêter ensemble », souligne Mme Plante. La mairesse estime d’ailleurs que cet événement s’inscrit dans le contexte de la protection de la langue française, qui perd du terrain à Montréal.

« Il n’y a rien de plus fort que la Fête nationale comme vecteur de fierté. Ce n’est pas juste pour les Québécois qui sont nés ici, ce sont aussi pour les nouveaux Québécois », estime Mme Alepin.

La mairesse de Montréal a d’ailleurs présenté le 22 mars le plan d’action de la Ville en matière de valorisation de la langue française.

« On constate que Montréal est quand même sur la ligne de front et doit relever des défis majeurs en matière de francisation, d’intégration et d’inclusion », souligne aussi Mme Harel. Elle espère donc que cette déclaration obtiendra une oreille attentive à l’Assemblée nationale.

« Nous attendrons de voir la version finale de la déclaration adoptée avant de la commenter », a réagi en fin d’après-midi l’attaché de presse de la ministre de la Culture, Louis-Julien Dufresne.