Article de Pierre Schneider paru dans Vigile le 27 octobre 2009.

On se doutait bien qu’il y avait des petites magouilles dans les officines des partis politiques municipaux et provinciaux, mais jamais je n’aurais cru notre système électoral aussi corrompu et que l’assainissement des moeurs politiques, si chères à René Lévesque, iraient rapidement rejoindre sur les tablettes-poubelles de nombreux rapports d’enquêtes qui n’auront en somme servi qu’à enrichir une petite clique de juges et d’avocats… ainsi que de flics en temps supplémentaire.

Des révélations choquantes de Benoît Labonté- l’homme qui a décidé de ne pas couler seul- aux enquêtes de La Presse, du Devoir, de ruefrontenac.com et de Radio-Canada sur l’attribution, arrangée avec le gars des vues de lucratifs contrats (on parle ici de milliards de dollars), on demeure bouche bée. Surtout quand on apprend que plusieurs autorités municipales, ainsi que le gouvernement du Québec, laissent entrer impunément le loup dans la bergerie, confiant à des firmes d’ingénieurs-conseils un travail normalement dévolu aux fonctionnaires qui nous coûtent la peau des fesses. On comprend maintenant, à la lumière des récentes révélations scandaleuses, le désoeuvrement de la fonction publique, mise carrément sur la voie de service de seconde zone pour faire place aux véritables maîtres de ce Québec Inc devenu le terrain de jeu de la mafia, omniprésente dans presque tous les secteurs de notre société.

Le citoyen lambda peut bien être désabusé et cynique devant la puissance de cet État dans l’État. Le citoyen, soumis aux diktats d’un système qui brime chaque jour davantage les libertés individuelles au profit des riches, semble résigné car il ne voit pas d’issue dans ce labyrinthe de la corruption et du défaitisme généralisés.

Et ce ne sont pas les « faiseurs d’opinions » au service de ce même système qui vont attiser sa légitime colère. Aujourd’hui c’est plus subtil -mais non moins pernicieux que lorsque j’ai débuté ma carrière dans le journalisme, époque où la plupart des scribes recevaient des enveloppes brunes. Non, aujourd’hui les commentateurs s’auto-censurent parce qu’ils veulent être dans les bonnes grâces du boss. Charest a beau mentir en disant qu’il met fin à son grand projet de PPP, il n’en demeure pas moins que son parti a toujours été de connivence avec les grandes firmes de contracteurs, de génie-conseil, d’architectes, d’avocats et autres intervenants extérieurs, tous d’une générosité érigée en système mafieux envers son parti. Sa résistance à une commission d’enquête impartiale le démontre bien. Et puis, qui est en mesure de mener une enquête impartiale sur un système dont il est un des rouages ? Les amis de ses amis sont nécessairement ses propres amis. On aurait beau faire des victimes symboliques -genre d’agneaux expiatoires- dans le but de juguler la tempête médiatique, ce n’en serait qu’une fois de plus une opération esthétique conçue à grands frais par les « faiseurs d’images ».

Bref, seul un tribunal populaire, composé de citoyens intègres, hors de tout soupçon, et bien allumés pourrait faire éclater l’odieuse vérité. Mais ne comptez pas là-dessus, nous ne sommes pas, hélas, encore en république…

Retour sur la loi 104

Le 31 octobre 1968, 50 000 Québécois défiaient le gouvernement mollasson de Jean-Jacques Bertrand et son projet de loi 63 donnant le libre choix de la langue d’enseignement dans les établissements scolaires.

Quarante ans plus tard, on a pensé naïvement que le problème était réglé et que la pérennité de la langue française était assurée, malgré les coups de hache intermittents dans cette loi de tous les espoirs par LE grand tribunal étranger.

Si le dernier arrêt de cette cour suprêmement hostile au Québec français ne fait pas bouger sérieusement tous les leaders de notre société, je pense que tout le valeureux combat que nous livrons depuis plus de 45 ans, aura été vain.

Si nous persistons à accepter notre statut de vaincus, nous sommes foutus… et je ne veux pas comme je ne peux pas assister à cette chronique d’une mort annoncée. Je m’en irai alors dans un pays où le mot liberté signifie quelque chose.

Si nous étions 50 000 à brasser la baraque en 1968, nous devrions aujourd’hui être 101 000 à prendre la rue sous l’égide de la SSJB, des syndicats des enseignants et tous les autres qui refusent de se mettre à genoux pour téter la gangrène d’un système qui doit s’écrouler MAINTENANT.

PIERRE SCHNEIDER

Lire l’article dans le site Internet de Vigile


   Articles pertinents :