LePatriote – page 3

 

Le procès des prisonniers politiques prévu pour mars prochain

L’année 2019 qui débute sera marquée par le procès éminemment politique des neuf anciens membres et employés du gouvernement catalan ayant organisé le référendum du 1er octobre 2017 sur l’indépendance. Outre les indépendantistes accusés de rébellion ou de détournement de fonds publics en lien avec les dépenses encourues dans l’organisation du référendum du 1er octobre, six autres seront accusés de « désobéissance grave » et risquent une amende.

Les personnes qui se soulèvent de manière violente et publiquement pour déroger à la Constitution, la suspendre ou la modifier ou déclarer l’indépendance d’une partie du territoire peuvent être accusés de rébellion en Espagne. Le parquet espagnol prétend que les indépendantistes se prévalaient de la force d’intimidation représentée, d’une part, par l’action tumultueuse déployée lors des grandes mobilisations citoyennes qu’ils avaient initiées, et d’autre part, par le recours aux Mossos d’Esquadra [la police régionale] comme corps policier armé comptant 17 000 membres, qui auraient suivi exclusivement leurs instructions. Mais le recours allégué des indépendantistes catalans à la violence est contredit par de nombreux témoins et contesté par plusieurs des plus grands juristes espagnols. Les peines réclamées contre les élus, employés de l’État catalan et militants accusés varient de 7 à 25 ans d’incarcération.

On a peine à imaginer l’ampleur de l’état de crise dans lequel se seraient retrouvés le Québec et le Canada si au moment de notre référendum de 1995, le gouvernement fédéral avait utilisé la méthode dure – voire extrême et dangereuse – privilégiée par le gouvernement espagnol. Dans un tel scénario, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Mario Dumont auraient croupi en prison pendant plus d’un an en attendant leur procès. Il en aurait été de même pour Jean Dorion, alors président de la SSJB, et l’ancien ministre Yves Duhaime, qui présidait le Conseil de la souveraineté du Québec. De par leurs fonctions les ayant appelés à autoriser des dépenses liées aux préparatifs référendaires, des ministres importants tels Bernard Landry, Pauline Marois, Jean Campeau, Louise Beaudoin, Guy Chevrette et Serge Ménard auraient aussi pu se retrouver derrière les barreaux, tous étant passibles de très lourdes peines de prison.

Comment Madrid peut-elle croire que cette façon de faire contribuera à promouvoir l’unité espagnole en Catalogne ? Et comment ne pas comprendre à quel point sous un tel régime, la situation catalane est potentiellement explosive ? Et pourtant, les accusés catalans sont loin de bénéficier de la sympathie de la population des autres pays européens. Elisenda Paluzie i Hernández est présidente de l’Assemblea nacional catalana, l’équivalent de nos OUI Québec (ouiquebec.org). Professeure et détentrice d’un Ph.D. en économie, l’admirable militante a succédé en mars dernier à Jordi Sànchez, emprisonné. Il faut la voir débattre vigoureusement à la télévision de l’Hexagone et dans un excellent français, avec des journalistes et animateurs virulemment hostiles. Les commentaires des internautes sur les sites des chaînes françaises d’information ne sont pas moins malveillants. Mais l’Europe ne pourra pas toujours regarder ailleurs et devra bien un jour se soucier des droits fondamentaux de ses voisins catalans. Ce sera donc un dossier passionnant à suivre en 2019.

De gauche à droite, les principaux accusés :

Josep Rull, ministre du Territoire et de la Durabilité de la Generalitat de Catalogne.
Jordi Turull, conseiller de la présidence de la Generalitat de Catalogne.
Oriol Junqueras, ancien vice-président du gouvernement et chef du département de l’économie et des finances de la Generalitat de Catalogne. La peine la plus élevée, 25 ans de prison et inéligibilité pour rébellion et détournement de fonds publics, a été requise contre lui.
Carme Forcadell, présidente du Parlement de Catalogne (2015-2017). Le parquet espagnol réclame une peine de 17 ans de prison à son encontre.
Jordi Cuixart, homme d’affaires, président de Òmnium Cultural, une entité civique indépendantiste fondée en 1961 et comptant plus de 99 000 membres. Le parquet espagnol cherchera à lui imposer une peine de 17 ans de prison.
Jordi Sànchez, activiste politique et social catalan, ancien président de l’Assemblea nacional catalana, entité civique indépendantiste de 130 000 partenaires fondée en 2011. Lui aussi est sous la menace d’une peine de 17 ans de prison.
Joaquim Forn, vice-ministre de l’Intérieur de la Generalitat de Catalogne.
Dolores Bassa, ministre du Travail, des Affaires sociales et de la Famille de la Generalitat de Catalogne.
Raül Romeva, ministre des Affaires étrangères, des Relations institutionnelles et de la transparence de la Generalitat de Catalogne.

 

 

 

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