Le sénateur André Pratte a décliné une demande de rencontre sur l’avenir de la presse écrite par un lobbyiste du nom de… Vincent Marissal, conseiller chez TACT Intelligence- conseil et ancien chroniqueur à La Presse!    C’est ce même Marissal qui, avant de devenir candidat pseudo-indépendantiste de Québec solidaire en mars 2018, s’était fendu en mille et une courbettes, de 2016 à janvier 2018, auprès du bureau de l’ultra-fédéraliste Justin Trudeau pour y être embauché comme conseiller du chef ou retenu comme candidat libéral. Dommage que la rencontre avec son ancien collègue de La Presse n’ait pas eu lieu. On aurait aimé y être pour entendre ce cher Vincent parler de ses convictions à son bon vieux pote André…


 
 

L’éthique libérale version Power Corporation

 

par Christian Gagnon  LE PATRIOTE

Les Québécois ne s’ennuient pas des éditoriaux dégoulinants de complaisance libérale qu’André Pratte signaient jadis au quotidien La Presse. Sitôt retraité de ce journal en 2016, il avait été nommé sénateur par Justin Trudeau, comme quoi le système des castes ne perdure pas qu’en Inde ou au Japon. Bon, le loyal scribe de GESCA y toucherait un généreux salaire annuel de 150 000 $ payé par nos impôts mais au moins, on n’aurait plus à subir quotidiennement sa plume de mercenaire des intérêts financiers et préférences politiques de Power Corporation. C’était donc un mal pour un bien. Mais voilà que l’actualité des derniers mois nous a rappelé de bien désagréables souvenirs de l’ancien éditorialiste en chef de La Presse et exécuteur des basses oeuvres propagandistes de la famille Desmarais.

On apprenait en effet en mars dernier qu’à 13 reprises dans le cadre de son mandat de membre de la Chambre haute, l’honorable sénateur Pratte avait reçu des invités à son bureau du centre-ville de Montréal, dans la tour du siège social de… Power Corporation. Mais, vous dites-vous, n’est-il pas retraité de La Presse, filiale de Power? Pourquoi alors y a-t-il encore un bureau? Et bien, voyez-vous, quand il a quitté La Presse, il a aussitôt été engagé comme conseiller auprès du Comité d’investissement Sagard China, filiale de Power. Rassurez-vous, c’était simplement de donner quelques conseils sur la conjoncture en Chine au cours de la seule année 2016, s’est justifié le sénateur. Mais ce n’est pas tout : il a aussi travaillé de 2016 à 2018 comme analyste stratégique chez Power Corporation et conseiller principal chez Power Communications. Ainsi, en plus de son salaire de sénateur et de sa pension de La Presse, André Pratte touchait des salaires pour trois autres emplois chez Power Corporation. Et c’est là que les choses se gâtent.

Pendant la période où l’ancien donneur de leçons à La Presse était à la fois triple salarié de Power et sénateur, La Presse, filiale de Power, cherchait à obtenir l’aide fédérale pour se transformer en organisme sans but lucratif (OSBL). Au même moment, l’Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI) financé par l’exchef péquiste Pierre-Karl Péladeau cherchait en vain à se voir reconnaître par Ottawa en tant qu’organisme de bienfaisance, un statut fiscal que possède déjà L’Idée fédérale, organisme de propagande fédéraliste fondé par… André Pratte.

Déjà en 2016, le gouvernement de Philippe Couillard avait semé la controverse en accordant un prêt de 10 millions $ à Capitales Médias, qui regroupe Le Soleil de Québec et cinq autres journaux régionaux dont s’était délestée Power aux mains d’un autre de ses larbins, l’ancien ministre libéral Martin Cauchon. Lasse d’éponger seule les déficits récurrents de tous ces véhicules de l’idéologie fédéraliste pro-sables bitumineux des Desmarais, Power semble donc avoir décidé de faire payer sa propagande d’unité canadienne au Québec par les contribuables et de gros donateurs de partout au Canada. Mais n’allez surtout pas penser que le sénateur Pratte, triple salarié de Power jusqu’en août 2018, a joué un rôle dans le fait qu’en février 2018, le budget fédéral du libéral Bill Morneau ait annoncé que seraient étudiés de nouveaux modèles autorisant les dons privés et le soutien philanthropique pour des nouvelles locales fiables et un journalisme professionnel, à but non lucratif. Coïncidence quant à ces nouveaux modèles : conformément aux doléances de La Presse, il allait s’agir entre autres de nouveaux moyens, pour les journaux canadiens, d’innover et d’obtenir le statut d’organisme de bienfaisance en tant que fournisseur de journalisme à but non lucratif. C’est fou, le hasard, tout de même…

N’allez surtout pas penser non plus que l’honorable sénateur ait eu la moindre influence dans le fait que le budget Morneau de mars dernier ait finalement accordé aux journaux un crédit d’impôt 13 750 $ par année par journaliste. N’empêche que cette aide au prorata du nombre de journalistes tombe pile pour La Presse qui, plus que tout autre journal au Québec, en emploie au-delà de 200, pour une aide totale de 2,75 millions $. Néanmoins, le présidentde La Presse, un certain monsieur Levasseur prénommé (ça ne s’invente pas) Pierre-Elliott, n’a pas pu se retenir de laisser savoir qu’il ne trouvait pas ça assez.

Il est évidemment interdit de s’imaginer qu’André Pratte ait eu quelque message à transmettre pour que Bill Morneau crée, sur mesure pour La Presse, les organisations journalistiques canadiennes admissibles (OJCA), nouvelle mouture d’organisme de bienfaisance pouvant émettre des reçus fiscaux aux généreux donateurs. Dès janvier prochain, ces derniers pourront en signer à La Presse des très gros chèques, la seule limite étant qu’en un an, un donateur ne pourra avoir donné à lui seul plus de 20 % de la cueillette totale, le don de 50 millions $ de Power à La Presse faisant commodément exception. Alors que les entreprises ne peuvent donner à des partis politiques, elles pourront faire des dons à La Presse. Et alors que l’identité de tous les donateurs aux partis politiques est rendue publique, le gouvernement fédéral ne dévoilera que l’origine des dons à La Presse dépassant les 5 000 $. Cela fait dire aux plus cyniques que La Presse n’aura qu’à rassembler 200 prête-noms au sein des milieux d’affaires canadiens pour encaisser 1 million $ en toute discrétion.

Voilà des décennies que La Presse et plusieurs quotidiens de GESCA étaient soupçonnés de fonctionner à perte. De 2008 à 2010, le Robin des banques, Yves Michaud, avait d’ailleurs vainement fait appel aux tribunaux pour forcer Power à dévoiler les états financiers de La Presse. En 2013, après y avoir investi 40 millions $, La Presse+ lançait son édition numérique sur tablette. Mais chez les experts, le modèle d’affaires sans abonnements payants sema un fort scepticisme. Depuis 2013, les autres filiales de Power, qui incluent La Presse+, ont enregistré des pertes totales de 400 millions $, dont 89 millions $ en 2017. Finalement, toute cette aventure numérique aura été un gouffre financier encore plus grand que l’édition papier. Mais en juin 2018, en cédant La Presse à une OSBL, le président de Power Corporation, André Desmarais, s’est dit confiant quant au maintien de la ligne éditoriale du journal. Est-ce qu’elle sera fédéraliste ? La réponse, probablement, c’est oui. Je serais surpris que La Presse change sa façon aussi considérablement sur sa mission, a-t-il déclaré. Et cette ligne éditoriale, a-t-il précisé, ne supporte pas un parti séparatiste qui veut séparer le Québec du Canada.

Enfin, lorsqu’en mars dernier, il a été révélé qu’André Pratte avait tenu à son bureau de Power Corp. de nombreuses rencontres liées à son travail de sénateur, l’honorable membre de la Chambre haute s’était vigoureusement défendu d’avoir quoi que ce soit à se reprocher. Mais en mai, le conseiller en éthique du Sénat lui a adressé un blâme pour s’être placé en situation d’apparence de conflit d’intérêt. Le sénateur Pratte s’est donc excusé. Ayant eu tout ce qu’elle voulait, Power Corporation a promis qu’elle ne fournirait plus de bureau à André Pratte. Et la vie continue comme si de rien n’était. •••