Frédéric Lacroix : La cause première de l’anglicisation de Montréal est l’hypertrophie des institutions anglophones (hôpitaux, bureaux fédéraux, cégeps, universités, villes) par rapport au nombre d’anglophones effectivement présents au Québec, hypertrophie qui fait en sorte que de très nombreux québécois pas-anglophones-du-tout sont forcés de travailler, d’étudier, d’enseigner en anglais pour pouvoir gagner leur vie.

Cette hypertrophie, financée par les contribuables québécois, assure un pouvoir d’attraction absolument colossal à l’anglais à Montréal, ce qui permet aux anglophones d’assimiler de très nombreux allophones et aussi des francophones. Disposant de ce formidable siphon, la communauté anglophone peut donc continuer à grossir ses rangs malgré les départs d’anglophones pour d’autres provinces. Tout ça à nos frais, n’est-ce pas merveilleux?

La moitié des allophones s’assimilent à la communauté anglophone, ce qui est clairement un signe que quelque chose ne tourne pas rond dans le plusse meilleur pays du monde.

 

Frédéric Lacroix  |  L’AUT’JOURNAL

 

L’Office québécois de la langue française (OQLF) a enfin daigné publier son suivi quinquennal de la situation linguistique, rapport qu’il n’avait pas publié depuis plus d’une décennie.

La méthode choisie pour présenter le rapport est la même que celle inaugurée par l’ex-présidente France Boucher (de triste mémoire) : on enterre le lecteur sous des montagnes de données, souvent disparates et contradictoires, en espérant noyer le poisson et couper court aux questions.

Cela semble fonctionner car les médias ont parlé surtout de la donnée du rapport qui est simple à comprendre et à présenter, soit l’augmentation du fameux et très laid « Bonjour-Hi » comme vocable d’accueil dans les commerces. Curieusement, cela est souvent présenté comme une augmentation du « bilinguisme », le « bilinguisme » étant considéré par l’élite médiatique comme l’incarnation même de la vertu, alors qu’il s’agit en réalité tout simplement d’un processus graduel d’effacement du visage français de Montréal et son remplacement progressif par l’unilinguisme anglais. Comme le processus est graduel, on peut faire semblant qu’il n’existe pas, ce qui est la posture de notre élite depuis au moins deux décennies (ou même depuis toujours?).

Or, pour quiconque prend un peu de recul, l’anglicisation de Montréal depuis une vingtaine d’années est très nette.

Mais quelle est sa cause?

Voici la conclusion de la synthèse du rapport de l’OQLF : « Les données des études présentées et recensées dans ce rapport soulignent la nécessité de poursuivre un travail de valorisation, de sensibilisation, voire de concertation en matière d’utilisation du français dans la société québécoise. Un effort collectif est nécessaire, autant de la part des individus, des organismes et des entreprises que de l’État dans son ensemble. L’agrégation des décisions individuelles et collectives a un effet direct sur la vitalité de la langue française. Cette vitalité est donc l’affaire de toutes et de tous. »

Vous avez compris quelque chose à ce charabia politiquement correct? On aurait presque envie de s’écrier « en français s’il-vous-plait »!

Laissez-moi traduire cela pour vous.

La cause première de l’anglicisation de Montréal est l’hypertrophie des institutions anglophones (hôpitaux, bureaux fédéraux, cégeps, universités, villes) par rapport au nombre d’anglophones effectivement présents au Québec, hypertrophie qui fait en sorte que de très nombreux québécois pas-anglophones-du-tout sont forcés de travailler, d’étudier, d’enseigner en anglais pour pouvoir gagner leur vie. Cette hypertrophie, financée par les contribuables québécois, assure un pouvoir d’attraction absolument colossal à l’anglais à Montréal, ce qui permet aux anglophones d’assimiler de très nombreux allophones et aussi des francophones. Disposant de ce formidable siphon, la communauté anglophone peut donc continuer à grossir ses rangs malgré les départs d’anglophones pour d’autres provinces. Tout ça à nos frais, n’est-ce pas merveilleux? La moitié des allophones s’assimilent à la communauté anglophone, ce qui est clairement un signe que quelque chose ne tourne pas rond dans le plusse meilleur pays du monde.

Des exemples? Dawson College est le plus gros cégep au Québec. McGill et Concordia accumulent des dons privés gigantesques, qui leur servent de levier pour prendre de l’expansion avec l’aide du gouvernement du Québec. Notons que le Royal Victoria Hospital va être remis à McGill, ce qui lui permettra de quasiment doubler sa taille (mon estimé). Québec a d’ailleurs déréglementé les frais de scolarité pour les étudiants internationaux, ce qui va permettre de remplir le Royal Vic d’étudiants internationaux pour leur donner ensuite accès à la citoyenneté canadienne à l’aide du « Quebec Experience Program » (mis sur pied par le PLQ, pas besoin de parler français!). Notons que d’ici quelques années, si la tendance se maintient, la majorité des étudiants au préuniversitaire au cégep à Montréal étudieront en anglais (vous avez bien lu). Mentionnons que pour le fédéral, presque tout le Québec est désigné « district bilingue », ce qui signifie que l’anglais règne en maitre dans les bureaux fédéraux au Québec. Le Québec a financé à coups de milliards la construction d’un nouvel hôpital anglophone à Montréal (le MUHC) et cet hôpital, le plus imposant au Québec, a déjà mené à l’anglicisation massive de Saint-Henri, autrefois un quartier francophone. Les maires de certaines villes « bilingues » de Montréal, telles que Hampstead, ne peuvent prononcer un seul mot en français. Hydro-Québec envoie des factures en anglais seulement. Le gouvernement du Québec pratique un bilinguisme complet et systématique dans ses relations avec les citoyens, l’ensemble de services gouvernementaux étant disponibles en anglais. La francisation des allophones n’est toujours pas obligatoire. Et ceci n’est qu’une liste partielle.

Pour arrêter le déclin du français au Québec, il faudra d’abord arrêter la langue de bois et regarder la situation en face. Le remède au déclin passe par un redimensionnement des institutions anglophones du Québec pour les mettre en accord avec la taille réelle de la communauté anglophone du Québec et les empêcher de servir de machines à assimiler les allophones (et aussi les francophones). Sans quoi nous allons continuer à financer notre propre assimilation.

 

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