Frédéric Lacroix  |  L’AUT’JOURNAL

 

Connaissez-vous les « Darwin Awards », ces prix annuels sarcastiques décernés à des personnes mortes avant de se reproduire à la suite d’un comportement particulièrement stupide de leur part, personnes ayant ainsi contribué à l’amélioration du bagage génétique global de l’humanité?

Je crois que les universités de langue française et en particulier l’UQAM et l’Université de Montréal méritent une mise en nomination pour ce prestigieux prix. En effet, ces institutions acceptent passivement de se faire progressivement satelliser par McGill University à Montréal sans que les recteurs en poste ne dénoncent jamais l’outrageant, l’incroyable favoritisme du gouvernement du Québec et du Canada envers cette institution.

Ceci inclut :

  1. La construction du McGill University Health Center au coût de plusieurs milliards de dollars, un hôpital au moins équivalent au CHUM alors que les anglophones représentent une minorité sur l’ile de Montréal.
  2. L’attribution de l’Outaouais à McGill dans la découpe du réseau de la santé, ce qui force les futurs médecins de familles à se former en anglais, une situation catastrophique dans cette région où le français est chancelant.
  3. L’attribution du site du Royal Victoria Hospital à McGill et le financement de sa conversion par Québec, ce qui permettra à cette institution d’augmenter ses locaux disponibles de centaines de milliers de pieds carrés.
  4. Le dégel complet de frais de scolarité pour les étudiants internationaux, une politique taillée sur mesure pour McGill qui lui permettra d’engranger des sommes importantes sans avoir à les partager avec le reste du réseau universitaire québécois.

Ceci sans compter le fait que le gouvernement fédéral attribue, année après année, une part démesurée des fonds donnés au Québec à McGill (environ 40% en recherche en santé par exemple). Ceci pendant que l’Ontario refuse de financer une université de langue française sur son territoire.

Comme cerise sur le sundae, McGill annonçait hier le plus important don de l’histoire du Canada, une bagatelle de 200 millions de dollars, qui ira garnir les coffres débordants de sa fondation (1,63 milliards de dollars).

Ce qui est en train de se passer sous nos yeux, c’est la satellisation des institutions de langue française à Montréal. A quoi servent les recteurs de ces institutions s’ils ne sont pas capables de faire en sorte que leurs institutions reçoivent leur juste part des fonds publics, quitte à devoir taper du poing sur la table publiquement? A manger des petits fours dans des réunions de conseils d’administration?

Que nos dirigeants ne viennent pas jouer aux naïfs après ça en constatant la vigueur et le dynamisme de l’anglais à Montréal (langue qui assimile toujours environ la moitié des immigrants allophones au Québec). La minorisation des institutions de langue française à Montréal entraine avec lui, mécaniquement, la minorisation des francophones dans cette ville. Le consentement tacite à la minorisation par nos élites trace la voie pour un recul fulgurant du français à Montréal dans les décennies à venir.

A bien y penser, serait-ce donc notre élite au grand complet qui mériterait un « Darwin Award », catégorie « Société »?

 

 

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