Texte d’Yves St-Pierre, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie, et de Sandra Dessureault, présidente du comité de protection et de valorisation de la langue française, parue dans Le Nouvelliste du 21 mars 2011.

«La langue, les lois et le caractère du continent nord-américain sont anglais. Toute autre race que la race anglaise (j’applique ce mot à tous ceux qui parlent la langue anglaise) y apparaît dans un état d’infériorité. C’est pour les tirer de cette infériorité que je veux donner aux Canadiens notre caractère anglais.»
C’est ainsi que s’exprimait Lord Durham pour justifier la nécessité pour les Canadiens (ce terme désignant les francophones) de s’assimiler. Certains diront que les temps ont changé depuis 1840.

Effectivement. L’adoption de la Charte de la langue française, la Loi 101, est venue «faire du français la langue de l’État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires».

Pour reprendre les termes du Conseil supérieur de la langue française, le français est au Québec la «langue de cohésion sociale» dont la maîtrise est nécessaire à tous les Québécois «pour vivre au Québec avec les meilleures chances de succès ou d’intégration».

Dans ce contexte, l’utilité de la connaissance de l’anglais, à l’interne, devrait perdre en importance. Nos fils et nos filles ne devraient plus craindre un «état d’infériorité» systémique.

Nous ne devrions pas à avoir honte d’être des «baragouineurs» lorsque nous téléphonons à Montréal et que notre interlocuteur s’adresse à nous en anglais. La honte devrait surgir uniquement du fait de ne pas exiger le respect de la langue commune, le français.

Compte tenu de notre situation démolinguistique en Amérique du Nord, nous savons tous que la connaissance de l’anglais sera un atout pour l’acquisition d’un emploi où les communications hors Québec sont nécessaires.

Toutefois, convenons qu’il ne s’agit là d’une exigence que pour une portion limitée de la main-d’oeuvre québécoise, principalement celle ayant à poursuivre des études supérieures.

Or, selon les données de Statistiques Canada, la proportion des personnes pouvant converser en anglais était de 70 % chez les jeunes francophones diplômés universitaires. Alors, où est l’urgence d’imposer, mur à mur, l’immersion anglaise obligatoire aux élèves de 6e année?

L’urgence vient peut-être de l’inaction du gouvernement Charest en matière linguistique. De plus en plus de parents, particulièrement à Montréal, perçoivent l’anglicisation grandissante de la métropole. Ils sentent bien que l’unilingue francophone est systématiquement discriminé face au bilingue pour les emplois dans les secteurs des communications et du commerce.

L’unilingue francophone a aussi la conviction que l’unilingue anglophone est favorisé dans l’ouest de l’Île de Montréal. Alors, devant le laisser-faire du gouvernement libéral quant à la défense légitime de la langue française, que faire? Imposer l’immersion en anglais au primaire pour les francophones?

S’il est vrai que la langue commune de notre nation est le français, plutôt que d’abdiquer, il importe de renverser la tendance. Or, ironiquement le gouvernement Charest se garde bien d’imposer l’immersion en français de nos compatriotes anglophones pour qu’ils puissent participer activement à la vie de notre communauté.

Pourtant, comme le dit si bien le Conseil supérieur de la langue française, l’État a la responsabilité «de s’assurer que tous les enfants auront la maîtrise du français, langue commune, grâce à l’école».

Dans cette lignée, il convient d’agir en étendant les dispositions de la Loi 101 aux entreprises de moins de 50 employés pour que les communications et le commerce, à l’interne, se fassent en français.

Et s’il est vrai qu’au Québec on travaille en français, alors assurons-nous que les finissants des cégeps aient eu une formation en français en prolongeant l’application, au niveau collégial, des dispositions de la Charte de la langue française concernant la langue d’enseignement.

Le gouvernement du Québec doit prendre toutes les mesures pour nous permettre de résister aux pressions assimilatrices. Notre situation démolinguistique en Amérique du Nord nécessite sans doute l’apprentissage fonctionnel de l’anglais pour certains.

Mais, au Québec, la langue commune doit être essentielle à la participation économique, sociale et politique. Le message doit être sans équivoque. Alors seulement, l’anglais pourra devenir un facteur d’enrichissement culturel et non un vecteur d’assimilation.

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