Raymond Sabourin nous a quittés il y a quelques mois déjà. J’ai appris la triste nouvelle par le biais du patriote (ému) Victor Charbonneau, lors de l’AG annuelle de la SSJB. La première fois où j’ai aperçu Raymond, il me semblait énigmatique, voire mystérieux, car il ne parlait pas beaucoup, restait à l’écart… Lors des cours d’histoire dispensés par le regretté Gilles Rhéaume, Raymond semblait agir comme l’homme de confiance de M. Rhéaume, pour préparer la salle, passer le chapeau, mais il gardait le silence en tout temps.

C’est par d’autres personnes que j’entendis parler du lourd bagage de militantisme – notamment au sein du FLQ des années 1960 – que cet homme traînait derrière lui… ce qui lui avait valu bien des ennuis, bien des déboires, comme celui de passer certains moments à l’ombre. Et c’est ce passé-là qui le hantait encore aujourd’hui, passé qui l’avait marqué à jamais et pour cause.

Quand j’ai connu Raymond, il était presque soixantenaire, et s’il avait gardé intacte la foi en son idéal, il devait maintenant envisager le repos du guerrier. Oh, mais pas un repos total, encore moins un abandon… car il conservait un engagement irrévocable, pour ne pas dire têtu… mais il ne pouvait plus envisager des activités comme du temps du FLQ ou des Chevaliers de l’indépendance avec le regretté Reggie Chartrand. Parfois, quand on allait prendre un café, il lui arrivait de dire que face à ceux qui à Québec ou à Ottawa voulaient nous faire ramper, nous humilier, nous faire reculer (sur la question linguistique notamment), il fallait prendre des moyens de protester : faucon manifeste bruyamment, faucon aille protester dans les commerces qui n’affichent pas en français, faucon fasse du bruit…. faucon… vous aurez compris que Raymond avait grandi parmi les faucons et non parmi les moutons !

Mais, comme chez tous les vrais durs, cette colère profonde, légitime cache aussi une douleur déchirante et souvent une grande humanité. Car il faut avoir du coeur au ventre pour oser se révolter et, ainsi, risquer gros. Combien d’autres s’engagent dans le combat pour disparaître quand les choses se corsent, pour abdiquer quand les coups deviennent trop durs, quand ce n’est pas tout simplement de s’aplaventrer, voire pour certains – les traîtres – de virer capot ou de retourner leur veste. Raymond ne capitulait pas et s’il avait un regret, c’est de ne plus avoir la forme d’antan… car l’âge finit toujours par nous rattraper.

J’ai très souvent parlé avec lui, mais j’ai rarement cherché à le questionner sur son passé, non pas par manque d’intérêt, mais parce que cela lui appartenait. Il m’a dit une couple de fois vouloir venir à la Maison Ludger-Duvernay pour y faire une causerie sur ses années de jeune militant, non pas pour se mettre de l’avant (ce n’était pas son genre), mais pour donner des suggestions aux plus jeunes, leur donner des trucs pour ne pas se faire « pincer », pour se méfier des « stools »… Moi je lui répondais qu’on pourrait organiser cela quand il se sentirait prêt… Il m’en parla souvent mais remettait constamment la décision finale, ne s’estimant pas suffisamment prêt. Et la grande faucheuse le surprit…

Ce qu’il faut retenir, entre autres, de Raymond, outre sa gentillesse, malgré parfois l’air colérique qu’il affichait comme une sorte d’armure, c’est que ce combattant n’abandonna jamais. On lui reprochera bien des choses, notamment l’usage de la violence des années 1960 (qui répondait – il ne faut pas l’oublier ni l’occulter – à une violence autrement plus grande et séculaire faite à son peuple), mais comme disait Pierre Falardeau : « On va toujours trop loin pour les gens qui vont nulle part ! » Repose en paix, cher Raymond, d’autres se lèvent et se lèveront pour poursuivre le combat !

Le 5 juin dernier, un hommage était rendu au patriote Raymond Sabourin, membre de la SSJB, décédé quelques mois plus tôt. L’activité commémorative s’est tenue à la Maison Ludger-Duvernay, en présence de membres de la SSJB, d’amis et des fils de monsieur Sabourin. Ce fut l’occaion de saluer cet homme bon et dévoué tout au long de sa vie à la cause de l’indépendance du Québec. Ont pris la parole à cette occasion : Rhéal Mathieu, Jacques Binette, Jean-Pierre Durand et Guillaume Sabourin, l’un des fils de Raymond. Sur la photo (prise par Bernard Longpré) : Guillaume Sabourin a rendu un bel hommage à son père.