Opinion de Jocelyn Jalette
JOURNAL LE PATRIOTE

Les statues ne s’érigent pas par magie. Elles répondent à deux volontés. La première est de rappeler un fait historique, mais aussi de rendre hommage à quelqu’un d’exceptionnel. L’expression « lui ériger une statue » le dit clairement, tout le monde n’y a pas droit. Il y a un choix des valeurs exprimées par une société véhiculée dans la sélection de ces patronymes pour les rues, ou tout autre emplacement ou, bien entendu, l’érection d’une statue.

Donc, est-ce effacer l’histoire lorsqu’on déboulonne la statue de types exécrables comme les racistes général Lee et John A. Macdonald ou le génocidaire général Amherst ? Je réponds NON, parce qu’une statue ou un nom de rue honorent bien avant de rappeler l’histoire. Devant combien de statues passons-nous sans même regarder le contenu de la plaque, tandis que les noms de rue soulignent rarement de qui on parle vraiment. Leur place est dans un musée où un guide pourra correctement présenter le contexte de l’oeuvre. On devrait également n’agir qu’après un certain délai (ex. : six mois) pour éviter de répondre à une simple émotion comme on le fit avec Claude Jutra, condamné sans procès.

On ne peut faire cohabiter la préservation de la statue d’un raciste avec la volonté de rappeler l’histoire. La raison en est simple : par honnêteté historique, on ne peut se contenter d’écrire, par exemple, que Macdonald fut simplement un premier ministre. Imaginez la bizarrerie d’ajouter ce qu’il a fait sur la plaque : responsable des pensionnats indiens, a enlevé le droit de vote aux Chinois et aux Mongols venus construire le chemin de fer et responsable de la pendaison de Louis Riel. La réaction de n’importe quel touriste serait alors de se dire : mais pourquoi diable lui ont-ils érigé une statue ? Preuve ultime, prenez Hitler : viendrait-il à quelqu’un l’idée de lui ériger une statue pour rappeler les horreurs qu’il a faites. Bien sûr que non !