Par Louis Cornellier, dans Le Devoir, 12 décembre 2009
La Coalition pour la promotion de l’enseignement de l’histoire au Québec (devenue, semble-t-il, la Coalition pour l’histoire), dans sa plateforme publiée en août 2009, propose quelques recommandations afin de «permettre aux jeunes Québécois de toutes origines d’acquérir une meilleure connaissance de l’histoire du Québec, du Canada et de l’histoire du monde occidental et non occidental». Cette initiative de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, orchestrée par une équipe d’historiens et d’intellectuels composée de Mario Beaulieu, d’Éric Bédard, de Mathieu Bock-Côté, de Robert Comeau, de Charles-Philippe Courtois, de Gilles Laporte, de Laurent Lamontagne et de Josiane Lavallée, doit être saluée.

Il ne faut pas se raconter des histoires. Les jeunes Québécois connaissent mal l’histoire. Celle du monde en général et celle de leur nation en particulier. Cette amnésie est-elle récente? Il faut être bien déconnecté pour l’affirmer. Le problème, en fait, afflige toutes les générations. Les nouveaux programmes, en ce sens, ne sont pas plus à blâmer que les anciens.

Ce n’est pas une raison, cela dit, pour ne pas tenter de redresser la barre, en passant, évidemment, par l’école, qui reste la voie royale dans ce dossier. Il faut toutefois être bien conscient que la solution ne réside pas dans un retour en arrière, vers un paradis perdu de l’enseignement de l’histoire qui n’a jamais existé. Hier, ce n’était pas mieux. Dans ces conditions, que faire?

La Coalition pour la promotion de l’enseignement de l’histoire au Québec (devenue, semble-t-il, la Coalition pour l’histoire), dans sa plateforme publiée en août 2009, propose quelques recommandations afin de «permettre aux jeunes Québécois de toutes origines d’acquérir une meilleure connaissance de l’histoire du Québec, du Canada et de l’histoire du monde occidental et non occidental». Cette initiative de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, orchestrée par une équipe d’historiens et d’intellectuels composée de Mario Beaulieu, d’Éric Bédard, de Mathieu Bock-Côté, de Robert Comeau, de Charles-Philippe Courtois, de Gilles Laporte, de Laurent Lamontagne et de Josiane Lavallée, doit être saluée.

La Coalition propose quinze moyens d’action concrets qui s’appliquent à l’école. Au primaire, elle suggère que le programme «Géographie, histoire et éducation à la citoyenneté» soit obligatoirement enseigné, aux 2e et 3e cycles, à raison de trois heures par semaine. Elle demande aussi une révision du programme afin qu’il adopte une logique chronologique et tout autant nationale et politique que sociale et culturelle.

Pour le secondaire, la Coalition propose que l’histoire soit obligatoirement au programme à raison de 100 heures par année. Elle demande aussi que l’histoire du Québec et du Canada, enseignée en 3e et 4e secondaire, adopte une trame chronologique et fasse plus de place à la question nationale et à la dimension politique. Deux recommandations concernent le collégial: la réussite d’un cours d’histoire du Québec devrait être obligatoire pour l’obtention d’un DEC et tous les programmes devraient inclure une compétence transversale concernant la compréhension par l’élève des origines et caractéristiques de la société québécoise actuelle.

Ce premier bouquet de recommandations vise deux objectifs essentiels: remettre l’histoire au coeur du parcours éducatif et faire en sorte que cette histoire réserve une place de choix à la référence nationale et, par conséquent, politique. À l’heure actuelle, ces deux missions sont négligées, à des degrés divers, par notre système scolaire, particulièrement au niveau collégial.

La disparition de l’objet Québec

Comme l’illustre Gilles Laporte, professeur d’histoire au cégep du Vieux-Montréal, dans le numéro d’hiver 2009 du Bulletin d’histoire politique, «l’objet Québec est présentement en voie de disparition dans les programmes de niveau collégial». Seulement 5 % des cégépiens suivent un cours d’histoire du Québec. Plusieurs raisons (popularité de l’histoire sociale, approche par compétences, décentralisation du réseau) expliquent cette triste situation, qui nous prépare des travailleurs et citoyens ignorants des origines et caractéristiques de leur propre communauté. Une des principales est cette mode du «tout à l’international» qui sévit dans le réseau.

Pour attirer la clientèle, en effet, on lui fait miroiter stages et voyages à l’étranger, présentés comme le nec plus ultra de la culture. En plus de dénoter une certaine attitude de colonisé (mieux vaut l’exotisme que notre propre réalité qu’on ne connaît même pas), cette approche est coûteuse (pour les élèves et pour le réseau, qui y engloutit des sommes importantes), plus glamour que pédagogique et écologiquement désastreuse. On devrait, conclut Laporte, encourager les stages se déroulant au Québec et les cours à l’avenant.

Certaines des recommandations de la Coalition pour l’histoire sont plus contestables. En proposant que les enseignants du primaire et du secondaire «puissent évaluer les connaissances acquises de leurs élèves au même titre que les compétences», le collectif, animé par son opposition au renouveau pédagogique, laisse entendre que les unes et les autres s’opposeraient, même s’il est évident que la notion de compétences, bien comprise, inclut les connaissances, alors que l’inverse n’est pas vrai. La recommandation appelant à une révision du contenu historique du programme du secondaire, afin que celui-ci «ne soit plus subordonné au présent et à l’éducation à la citoyenneté» et que «la discipline historique redevienne au coeur du programme», m’apparaît douteuse.

Dans un ouvrage intitulé André Lefebvre, didacticien de l’histoire, Michel Allard et Félix Bouvier présentent la pensée pédagogique de leur maître, mort en 2003. Or, s’il reconnaissait qu’on pouvait étudier l’histoire pour elle-même, ce dernier affirmait toutefois qu’elle «ne deviendra éducative que si elle lui [l’enfant] apprend à interroger le passé pour mieux comprendre le présent et mieux préparer l’avenir». Lefebvre, dans un souci pédagogique plutôt que strictement disciplinaire, prônait une approche allant du connu vers l’inconnu et procédant selon un ordre chronologique inversé. L’enseignant d’histoire, selon lui, devait amener l’élève à «lire le passé dans et à travers le présent, interpréter le passé à l’aide du présent, traduire et représenter l’expérience humaine du passé dans le vocabulaire de l’époque, prendre conscience de la mutation en présent que l’homme fait subir naturellement et spontanément au passé, faire du présent avec le passé en le sachant».

Une chose ne fait pas de doute: à ne pas fréquenter l’histoire, un peuple se vide de sa substance. Le Québec devrait en convenir et donner, dans l’école, des heures à l’histoire. Les querelles d’écoles et de méthodes, par ailleurs passionnantes, sont secondaires.

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