Article de Christian Rioux publié dans Le Devoir le 24 février 2012

Justin Trudeau pourra donc se revendiquer d’une identité cosmopolite désincarnée, comme le font déjà tant de Québécois, jeunes et moins jeunes. Il se dira alors au-dessus des nations et, pourquoi pas, citoyen de Montréal ou de Toronto. Bref, du monde! Au fond, Justin Trudeau a bien compris le message de son père: sa seule allégeance véritable est à l’égard de lui-même! Il n’a plus de famille, de pays, de patrie. Voilà pourquoi les nationalistes québécois qui se réjouissent de sa déclaration feraient mieux de s’inquiéter.

On savait que le bilinguisme tant prêché par le père était devenu dans la bouche du fils une sorte de franglais inaudible. Beau paradoxe, voilà que l’identité des seuls droits voulue par Pierre Elliott Trudeau trouve à s’incarner dans un fils qui a de nouveau poussé la logique du père jusqu’à la caricature et qui en a tellement intégré l’esprit qu’il n’a plus la moindre allégeance nationale.

On le voit, la provocation de Justin Trudeau est beaucoup moins anodine qu’elle n’y paraît. Elle exprime autre chose qu’un simple clin d’oeil au fondateur du Canada moderne ou une simple façon de tuer le père pour cet éternel adolescent qu’est par ailleurs Justin Trudeau. Elle serait même impossible sans la citoyenneté que nous a léguée son père.

On pourrait même dire que cette citoyenneté à la carte revendiquée par Justin Trudeau est la version dégénérée de celle des droits qui a triomphé en 1982. En ce sens, malgré les apparences, Justin Trudeau est bien le digne fils de son père!

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