Jean Dussault  |  LE DEVOIR
journaliste retraité de Radio-Canada

 

Ma radio est celle de Radio-Canada. Pas parce que j’y ai travaillé 36 ans, mais parce que c’est celle, la seule, que j’écoute. Je la trouve à ce point essentielle que j’ai été pendant quelques années le porte-parole des Amis de Radio-Canada.

Je suis, hélas ! devenu un ami trop souvent déçu par ce qui y passe maintenant pour la qualité de la langue. Le kické out écorchant de mon titre est venu d’une chroniqueuse qui n’a pas trouvé « remercié », « congédié », « viré », « renvoyé » pour raconter ce qui est arrivé à quelqu’un de… licencié. Une autre nous a parlé du base drummer de tel groupe ; un autre de l’engagement non-stop de quelqu’un. Que de brefs exemples éructés non pas sur des mois, mais en quelques heures et qui illustrent une mode, ou en tout cas une tendance déplorable.

Il ne s’agit pas de parler pointu la bouche en cul-de-poule ; il s’agit de respecter et de propager une langue qui constitue une des définitions essentielles d’une communauté minoritaire en Amérique du Nord. Laissons aux Franco-Français que ça amuse les cérial killeur et les poweur strugol.

Je conçois très bien et j’accepte aussi aisément que Radio-Canada fasse appel à des plus jeunes (que moi !) pour rechercher un nouvel auditoire afin de prolonger son utilité et asseoir sa pérennité. Mais pas au prix de me marcher sur la langue.

 

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