Jacques Lanctôt | Journal de Montréal

 

 

Ils sont partout, dans nos vies, dans notre façon de penser, dans nos façons de nous exprimer. Tellement qu’on n’arrive plus, très souvent, à les distinguer. Les anglicismes, les calques, les faux amis, les emprunts nous ont envahis insidieusement depuis la défaite de 1760, alors que l’Angleterre nous interdit toute relation commerciale avec la France. Les marchands canadiens seront acculés à la ruine et les divers administrateurs et officiers français seront rapatriés. Le système scolaire embryonnaire s’effondrera.

Ce n’est qu’en 1977, avec l’arrivée au pouvoir du Parti québécois et l’adoption de la loi 101, la Charte de la langue française, que le français, après deux siècles d’errance, retrouvera son statut. Mais le ver était déjà dans la pomme, le mal était fait, et l’anglais avait, petit à petit, imposé ses lois, sa façon de penser, ses structures de communication. L’âme de la nation canadienne-française était malade, « malade de la domination anglaise qui l’a privée d’à peu près tout pouvoir politique, ce pour quoi elle ne dispose pas du moindre levier économique. […] Nous nous sommes débrouillés comme nous l’avons pu ».

La langue n’est pas seulement un outil de communication, elle « porte en elle la mémoire de notre histoire courte ». En être privés, c’est nous condamner à l’oubli et à l’assimilation. Alors, comme il y a urgence dans la demeure, même si les faux amis, comme Michel C. Auger et autres André Pratte, proclament que le français se porte bien au Québec, l’auteur propose, dans cet ouvrage pratique, savant et accessible à la fois, de « donner à voir les mille et une façons dont l’anglais envahit notre espace linguistique, en s’infiltrant dans ses moindres replis, ses moindres recoins ».

Pratique

Cet ouvrage est des plus pratiques pour qui veut corriger ses erreurs et en connaître les origines. Une quinzaine de catégories, correspondant à autant de situations de la vie quotidienne, nous orientent dans nos recherches. De la maison au bureau, en passant par l’informatique, le commerce et la publicité, les arts et spectacles, les sports, les affaires, etc., rien n’échappe à l’œil ou à l’oreille de cet ami de la langue française. Ainsi, vous apprendrez que les expressions « le chat est sorti du sac », ou « parler à travers son chapeau » sont des calques de l’anglais, tout comme « faire face à la musique » et des dizaines d’autres.

Lors de vos prochains achats dans un centre commercial (et non pas dans un centre d’achats), si on veut vous « charger » quelque chose, demandez plutôt qu’on vous le facture, même si cet article est vendu à prix courant ou habituel et non pas à prix régulier (regular price). Et si le magasin annonce qu’il s’agit d’une « grande ouverture » (grand opening), dites-vous qu’il s’agit d’une inauguration officielle­­­. Si on vous dit qu’il s’agit d’une « vente finale » (final sale), répondez que vous préférez le terme « vente ferme » ou « vente définitive ».

Après avoir traversé cet ouvrage indispensable, on aura un portrait d’ensemble de la gravité de la situation et on voudra s’améliorer et surtout agir. Et on dira : vive la langue française !

 

 

 

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