Jocelyne Delage  LE PATRIOTE

 

Son Excellence Monsieur Emmanuel Macron
Président de la République française
Palais de l’Élysée,
55, rue du faubourg Saint-Honoré
Paris, France,
75008

Objet : La France, le Québec, la Francophonie et la langue française

Monsieur le Président de la République,

Votre élection à la tête de l’État français me semblait un merveilleux événement. Cependant, à mesure que passent les années, je suis très inquiète de votre à-plat-ventrisme devant la langue anglaise, de votre inertie devant l’étiolement du Français dans la douce France.

Depuis leur arrivée en Nouvelle-France en 1608, les Français se fient à la France pour les guider et les épauler. Même pendant une partie du XXe siècle, notre mère patrie la France, a été le phare pour que nous, les descendants français, sauvions du naufrage la langue française partout au Canada, mais surtout au Québec, l’unique État de langue française en Amérique du Nord.

Les Québécois, petit peuple francophone de plus de 8 millions de personnes1, occupant un territoire cinq fois plus grand que la France, ne font aucun compromis relativement à l’un de leurs principaux piliers identitaires qu’est la langue française. Il en va de même pour les Francophones du reste du Canada (± 900 000 personnes). Noyés dans la mer angloaméricaine, nous résistons jour après jour contre les assauts incessants de l’assimilation. Tous, nous avons ainsi su maintenir en vie la culture française et garder vivante la langue française.

Rappelons que 78,0 % des Québécois ont comme langue maternelle le français et 80,6 % le parlent à la maison2. Ces francophiles tentent par tous les moyens de conserver leur héritage français, de faire rayonner le FRANÇAIS. Toutefois, nous Québécois devons le faire seuls, car la France a abandonné sa culture, sa langue et son riche héritage, ayant cédé aux anglicisation et américanisation galopantes…

Cette attitude de la France, est-elle du snobisme ? de l’anglomanie ? de l’anglophilie ? une mystique de la langue anglaise ? de la vénalité ? Qui sait… Quelle que soit la raison, l’impérialisme anglosaxon a étendu son emprise sur la servile France. Et l’anglais est aujourd’hui pour la France la nouvelle lingua franca..

Cette soumission avilissante a des répercussions désolantes. Les films et téléséries françaises sont de plus en plus souillés de musique anglaise tonitruante, de chansons, d’insipides ritournelles anglaises et américaines débiles, et ceci alors que les auteurs, compositeurs et interprètes français sont les meilleurs au monde. C’est d’ailleurs leur faire une grossière injure que de ne pas les soutenir et de truffer tout l’audiovisuel de braillantes et criaillantes musiques et chansons anglaises.

Que dire des acteurs français que l’on oblige à débiter des textes français empreints de franglais ou carrément d’anglais qui nous lancent à qui mieux mieux des Yes, Oh my God, mail, selfie, zapper, break, relooking, jogging, brushing, checker, booster, deal, casting, et tous les mots anglais à la mode au lieu de Oui, Oh mon Dieu, courriel, ego-portrait, pitonner, pause, restylage, course à pied, sécher et placer les cheveux, vérifier, survolter, marché, distribution, etc. Pour nous, cinéphiles, téléspectateurs, amateurs de théâtre, locuteurs de la francophonie, ce sont des coups au coeur répétés que de voir notre langue ainsi charcutée, mutilée et trahie…

Bref, cette tendance immensément lourde à l’anglicisation par la France déférente, et adulatrice de la culture angloaméricaine, cause des dommages irréparables au peuple français, à la France elle-même et à toute la Francophonie.

En 1977, les Québécois ont adopté démocratiquement une Charte de la langue française (Loi 101), faisant du Français leur langue officielle. Depuis, cette Charte est grugée et démembrée sans merci par le gouvernement du Canada et sa Cour suprême. C’est une honte pour Montréal, qui est la deuxième ville française au monde.

Avec l’anglicisation de la France et de la langue de Molière, il n’y aura graduellement plus de français en France, en Amérique et dans le monde entier. Cette folklorisation moribonde la France et exhale son âme, sa culture, son identité et sa langue… C’est lamentable, car pour nous Québécois, langue, culture et identité sont des réalités intrinsèquement rivetées entre elles. Espérant que vous donnerez un impérieux coup de barre pour rendre au Français sa place légitime, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes meilleurs sentiments,

 

 

Jocelyne Delage
Montréal, Québec,

 

1 – Statistique Canada, Estimations de la population (septembre 2019). Adapté par l’Institut de la statistique du Québec.
2 – Selon Le Québec chiffres en main, de l’Institut de la statistique du Québec.