Pourtant élu le 26 mai dernier pour un mandat de cinq ans, Carles Puigdemont se voit toujours refuser par l’Espagne son assermentation en tant que député au Parlement européen. Pour l’obtenir, l’ancien président catalan aurait dû se présenter à la cérémonie du serment du 17 juin à Madrid. Mais s’il l’avait fait, il aurait immédiatement été arrêté et emprisonné en raison du mandat d’arrêt émis contre lui depuis la déclaration d’indépendance catalane du 27 octobre 2017. Puigdemont a donc délégué son avocat à Madrid pour y soumettre un acte notarié certifiant qu’il avait prêté serment depuis Bruxelles à la Constitution espagnole, mais la Commission électorale de ce pays ne l’a pas entendu ainsi. Emprisonné depuis deux ans, l’ancien vice-président catalan Oriol Junqueras a également été élu eurodéputé, mais lui aussi n’a pu être assermenté, s’étant vu refuser la sortie provisoire de prison ‒ où il croupit depuis deux ans ‒ qui lui aurait permis d’assister à la cérémonie du serment à Madrid. Rappelons que le parquet espagnol réclame une peine de 25 ans d’emprisonnement pour Junqueras et de 7 à 17 ans pour ses onze coaccusés dont l’ancienne présidente du parlement catalan Carme Forcadell, des ministres régionaux et les responsables des associations indépendantistes Assemblea nacional catalana et Òmnium Cultural.

Puigdemont soutient que depuis son élection du 26 mai, il bénéficie de l’immunité juridique dont jouit tout député européen. Mais l’Espagne réplique que tant qu’elle ne l’a accréditée, son élection ‒ et donc son immunité – ne sont pas effectives. Le pugnace indépendantiste compte néanmoins déposer un recours devant les tribunaux européens et se rendre à la séance plénière du Parlement européen du 2 juillet à Strasbourg pour exiger son siège. Bien qu’à l’avantage de Madrid, cet imbroglio d’assermentation permet encore une fois à Carles Puigdemont de remplir son objectif d’internationalisation de la crise catalane. Et l’embarras se propage en Europe où se manifestent de plus en plus de personnalités jugeant antidémocratique et condamnable la gestion répressive de la question catalane Carles Puigdemont toujours interdit d’entrée au Parlement européen L’actualité politique espagnole dominée par la question catalane par Christian Gagnon par le gouvernement espagnol. En effet, 76 eurodéputés sortants et fraîchement élus ont adressé au Parlement européen une lettre fustigeant le viol des droits des élus catalans et appelant à protéger leurs droits.

De plus en plus considéré comme politique, le procès des douze indépendantistes catalans s’est déroulé du 12 février au 12 juin. Après quatre mois d’audiences diffusées en direct à la télévision espagnole, la Cour suprême doit rendre à l’automne une décision qui ne pourra faire autrement que d’être politiquement et socialement explosive. S’y superposeront bientôt les recours des accusés à la Cour européenne des Droits de l’homme. L’essentiel des débats a porté sur l’existence ou non d’un soulèvement violent, condition essentielle pour étayer l’accusation de rébellion. D’ailleurs, lors de sa comparution du 26 mars, le chef de la police judiciaire en Catalogne, Daniel Baena, n’a pu ni décrire la moindre action violente ni témoigner de l’existence de blessés. Mais la situation était telle qu’une étincelle aurait suffi, a-t-il maladroitement soutenu. Le monde entier a plutôt vu avec horreur les agents de la Guàrdia Civil sous ses ordres tabassant et brutalisant sans ménagement les simples citoyens ayant cherché à maintenir ouverts les bureaux de vote ou protéger les urnes et leur contenu.

Le 29 mai était rendu public un rapport d’experts indépendants mandaté par l’ONU bien que ne s’exprimant pas en son nom. Le Groupe de travail sur la détention arbitraire estime que la privation de liberté de MM. Jordi Cuixart, Jordi Sanchez et Oriol Junqueras est arbitraire et mérite une indemnisation. Les experts ont observé l’inexistence d’éléments violents, d’où leur conviction que les accusations contre les trois indépendantistes a pour objet de les contraindre en raison de leurs opinions politiques.

Les élections législatives espagnoles du 28 avril ont été anticipées par le refus des députés catalans et basques d’appuyer le budget du gouvernement socialiste minoritaire de Pedro Sánchez. Renforcés par ce nouveau scrutin, les socialistes sont néanmoins demeurés minoritaires. L’autre grand gagnant de cette élection est le parti d’extrême-droite Vox qui a mené une virulente campagne anti-autonomie catalane et obtenu une participation à la coalition au pouvoir en Andalousie. En Catalogne, quatre indépendantistes comptant parmi les 12 fameux accusés ont été élus. Il a même été permis à Oriol Junqueras, Jordi Turull, Josep Rull et Jordi Sanchez de sortir brièvement de prison pour être assermentés à la session inaugurale de Parlement de Madrid. Mais le 24 mai, la chambre des députés espagnols a suspendu l’exercice du mandat des quatre élus en attendant l’issue de leur procès.

Le 27 mars, 41 sénateurs français, de gauche comme de droite, ont cosigné une lettre adressée au président de la Haute Assemblée de France et dans laquelle ils ont dénoncé la répression d’élus légitimes, représentants politiques de la Generalitat de Catalogne, emprisonnés ou forcés à l’exil pour leurs opinions dans l’exercice des mandats que leur ont confiés les électeurs. Le président de la Cour suprême espagnole a aussitôt qualifié la missive d’inadmissible. Embarrassé, le Quai d’Orsay s’est promptement dissocié de l’initiative des sénateurs et a réitéré sa position en faveur de l’unité de l’Espagne.

À la mi-février, le chanteur mondialement connu Peter Gabriel a rendu publique la version catalane de sa chanson In your eyes issue de son album So. L’ancien chanteur de Genesis a cédé les droits de cette chanson à la puissante organisation indépendantiste Assemblea nacional catalana pour une campagne internationale de promotion de l’indépendance de la Catalogne (#Makeamove) dont la présidente Elisenda Paluzie n’était pas peu fière. L’adaptation catalane de la chanson s’intitule Als teus ulls (Dans tes yeux en français) est l’oeuvre de l’auteur-compositeur-interprète Mario Muñoz et est disponible sur Youtube. En plus de Gabriel et Muñoz, les Catalans Lluís Llach et Gemma Humet ainsi que la célèbre Américaine Joan Baez ont prêté leurs voix à l’interprétation de cette version catalane. Voilà une chanson à diffuser massivement au Québec cet été en attendant le verdict de la Cour suprême espagnole.

 

¡Visca Catalunya lliure!