Article de Lia Lévesque paru dans Cyberpresse le 19 octobre 2009.

L’ancien premier ministre Bernard Landry participe à une campagne qui vient d’être lancée en faveur de l’application de la Loi 101 au cégep.

Les groupes de défense du français relancent ainsi un vieux débat, soit celui d’étendre la portée de la Charte de la langue française, plus particulièrement son obligation de fréquenter l’école en français, au niveau collégial.

Le professeur Charles Castonguay, un expert des questions linguistiques, participe aussi à cette campagne. Une assemblée publique sur ce thème devait avoir lieu lundi soir à Montréal.

M. Castonguay assistait, comme M. Landry, à une conférence de presse donnée à ce sujet lundi matin par la Société St-Jean-Baptiste de Montréal, en compagnie de Marc Laviolette, du SPQ-Libre, un club politique du Parti québécois.

M. Landry a expliqué que si lui-même n’avait pas étendu la portée de la Loi 101 au niveau collégial lorsqu’il était premier ministre du Québec, c’est parce qu’il croyait que l’élan donné à la fréquentation de l’école primaire et secondaire en français suffirait à favoriser la poursuite des études au cégep en français. Or, cela n’a pas été le cas, juge-t-il aujourd’hui avec du recul.

«Ma constatation par rapport à la fréquentation obligatoire du cégep francophone vient du fait que nos espoirs ont été déçus. C’est aussi simple et aussi triste que ça. Camille Laurin, René Lévesque et moi-même, à l’époque, pensions que si les enfants de nos compatriotes issus de l’immigration allaient aux mêmes écoles que nos enfants, ils iraient aux mêmes collèges. Mais nous nous sommes trompés», a laissé tomber l’ex-premier ministre.

«Les choses ont changé, même depuis cinq ans. M. Castonguay l’a bien démontré. Nous avons entretenu un espoir; on a toujours pensé que les choses allaient tourner comme on l’avait souhaité», a ajouté M. Landry.

Le professeur Castonguay confirme cette constatation, en se basant sur l’étude statistique qu’il a faite des cohortes d’étudiants de 1991 à 2006, à partir des derniers recensements.

«Les jeunes du libre choix annulent l’effet, plus qu’annulent même, l’effet des enfants de la Loi 101. L’effet du libre choix au collégial fait plus que renverser l’élan donné à la francisation par l’obligation faite aux enfants des nouveaux arrivants – et faite aux francophones – de fréquenter l’école française», conclut le mathématicien.

Le professeur retraité de l’Université d’Ottawa cite une étude de l’Office québécois de la langue française démontrant qu’il existe un lien de continuité entre la langue de la formation professionnelle et celle du travail. Ainsi, un étudiant qui aura suivi sa formation en anglais au cégep aura tendance à rechercher un emploi dans cette langue.

«Ce que j’ai montré dans la présente étude, c’est qu’il semble, effectivement que le libre choix avantage l’anglais au détriment du français. Si vous faites le calcul sur l’ensemble de la cohorte de 0 à 19 ans, que j’ai suivie trois fois, sur des périodes de cinq ans, de 1991 à 1996, de 1996 à 2001 et de 2001 à 2006, on voit chaque fois les mêmes choses. Il y a au total davantage de substitutions, ou ce qu’on appelle aussi des transferts linguistiques, en faveur de l’anglais, parmi cette cohorte de 0 à 19 ans, qu’au français. Le libre choix fait échec à l’effet de la Loi 101. C’est très profond. Ca touche la langue de travail. Ca touche ensuite la langue qu’on adopte comme langue d’identité, dans l’intimité des foyers», explique M. Castonguay.

Réactions

Le Comité national des jeunes du Parti québécois défend la même position, affirmant que «la moitié des nouveaux arrivants va au cégep en anglais, pour ensuite, dans une grande proportion, adopter l’anglais comme langue d’usage au travail. Nous passons ainsi à côté des objectifs de la Loi 101 et de nos principes d’intégration», a déploré Alexandre Thériault-Marois, président du comité.

À la Fédération des cégeps, le président-directeur général Gaëtan Boucher s’oppose à cette idée d’étendre la portée de la Loi 101 au collégial.

«Je ne dirais pas nécessairement que c’est un combat dépassé, mais ce débat-là a eu lieu en 2001 et le rapport Larose (les États généraux sur la situation du français) a conclu qu’il n’était pas nécessaire d’aller dans cette voie-là», a affirmé en entrevue M. Boucher.

Selon lui, il vaut mieux à la fois améliorer l’apprentissage de la langue seconde au cégep et laisser le libre choix linguistique à l’étudiant. «On est à l’enseignement supérieur et on est dans une dynamique de libre choix», a-t-il opiné.

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