Réjean Parent | Journal de Montréal

 

 

Philippe Couillard n’a pas pris beaucoup de temps avant de retourner sa veste de bord et de se désengager d’une motion adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale qui invitait les commerçants à s’en tenir au « bonjour » sans ajout d’un « Hi » tonitruant. Emboitant le pas à la ministre Weil, qui banalisait la motion après qu’elle se soit fait gronder par la communauté anglophone, notre premier ministre s’est même employé à ridiculiser la motion en l’assimilant à l’imbroglio du « pastagate ». Soudainement apeuré de perdre la prime à l’urne que lui procure la communauté anglophone, il s’est souvenu que l’anglais n’est pas une langue étrangère au Québec, mais il a oublié que le français en est sa langue officielle!

Passé maître dans l’art de parler des deux côtés de la bouche, le premier ministre a tout de même eu la hardiesse après son recul sur le « Hi » de vilipender le chef de la CAQ pour une déclaration faite à un média anglophone où ce dernier critiquait l’importance donnée à la connaissance du français dans le processus de sélection des immigrants. Digne d’un scénario kafkaïen, l’un reproche à l’autre de faire comme lui en ajustant son discours à l’auditoire qu’il courtise. Libéraux et caquistes s’évertuent à séduire les anglophones tout en essayant de ne pas échapper leur électorat francophone, mais leur louvoiement ne fait qu’ajouter au cynisme ambiant et entraine de sérieux doutes sur l’air outré qu’ils se donnent.

Le nationalisme de la CAQ est tout aussi factice que le parti pris du PLQ pour la langue française. Les deux formations politiques soignent les apparences à des fins électorales et rappellent les années du premier ministre Chrétien, ce dernier étant champion dans l’art de dire la chose et son contraire tout simplement en changeant de langue. Ce double langage se retrouve également dans les communications économiques dépendamment si les chefs parlent avec les gens d’affaire ou avec les citoyens. Philippe Couillard et François Legault sont semblables au niveau des intérêts, car ce n’est pas tant le bien-être des citoyens qui les anime, mais bel et bien le prestige de la fonction avec les avantages futurs qui en découleront. Pour se faire, ils sont prêts à se transformer en pion de l’oligarchie financière et à fragiliser les institutions publiques, notre économie collective et également notre culture.

Se débarrasser des libéraux apparaît comme la priorité d’une majorité de Québécois lassés de les voir au pouvoir. Il ne faudrait tout de même pas les remplacer par une copie conforme qui ne ferait qu’ajouter à notre lassitude!

 

 

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