Denis Monière |  Journal LE PATRIOTE

 

Territoire colonisé par le Danemark depuis le XVIIIe siècle, le Groenland a cessé d’être une colonie en 1953 pour devenir une province du royaume du Danemark. Ce territoire habité par une population à 90 % d’Inuits a obtenu un statut particulier lors d’un référendum tenu le 28 novembre 2008. Le Danemark a reconnu le 21 juin 2009 dans la loi relative à l’autonomie renforcée du Groenland son droit à l’autodétermination et en conséquence le droit d’organiser un référendum sur l’indépendance. L’article 21 de cette loi stipulait qu’il revient au peuple du Groenland de prendre toute décision concernant l’indépendance du Groenland. En vertu de cette loi, le Groenland administre ses affaires intérieures à l’exception de la défense, de la politique étrangère, de la monnaie et de la sécurité qui sont sous la juridiction de la Couronne danoise.

La coalition gouvernementale élue en 2018 a fait de la réalisation de l’indépendance sa priorité. Six des sept partis qui ont fait élire des candidats sont favorables à l’indépendance. On la prévoit pour 2021. Mais l’indépendance budgétaire du nouvel État pose problème. Puisque 50 % des ressources financières, soit 500 millions d’euros, proviennent du Danemark, le nouvel État devrait trouver de nouvelles ressources pour combler ce manque à gagner advenant l’indépendance. Il lui faudra pour cela exploiter les ressources naturelles de son sous-sol.

Une des conditions favorables à l’indépendance est le réchauffement climatique qui ne fait pas que des malheureux. La fonte de la banquise a pour effet de libérer des terres de la glace et de rendre le Groenland plus vert ce qui favorise une plus grande productivité de l’agriculture. L’industrie de la pêche qui représente 90 % des exportations en profite aussi, car le réchauffement des océans oriente les poissons vers le nord ce qui permet la diversification des prises. Mais le changement climatique a surtout l’avantage de rendre possible l’exploitation des gisements miniers, d’hydrocarbures et de ce que l’on appelle les terres rares. On estime que le Groenland pourrait devenir la troisième réserve mondiale d’uranium. Il pourrait aussi concurrencer la Chine qui contrôle 90 % du marché mondial de ces métaux précieux comme le dysprosium. L’exploitation de ces ressources attise les convoitises internationales, car le Groenland ne pourra les mettre en valeur qu’avec l’apport de capitaux étrangers.

L’exploitation de ces richesses permettrait au Groenland de se libérer de la tutelle financière de Copenhague et d’assurer son indépendance budgétaire, mais elle contribuerait à l’augmentation de la pollution et de l’effet de serre. Le débat sur l’indépendance pose un dilemme inédit aux Groenlandais : protéger leur environnement en restant dépendant ou assumer leur indépendance politique et économique au risque d’accroître le réchauffement climatique. Si le Groenland tranche le débat en faveur de l’indépendance, il deviendra le premier État inuit. •••