L’avenir de l’édifice signé par l’architecte Eugène Payette paraît incertain depuis la décision de la ministre de la Culture, Nathalie Roy, de tirer un trait sur un projet de bibliothèque laboratoire technologique pour adolescents,comprenant un médialab et un «fab lab».

 


Marco Bélair-Cirino | LE DEVOIR

 

Le premier ministre du Québec, François Legault, s’engage à trouver une nouvelle vocation à la bibliothèque Saint-Sulpice, qui est désertée depuis une quinzaine d’années.

Chose certaine, l’État québécois ne se départira pas de l’édifice de style beaux-arts construit au cœur du Quartier latin, à Montréal, en 1914. « On ne le mettra pas en vente, comme les libéraux, aux “petites annonces”. Non, on va lui trouver une belle utilisation », a promis M. Legault dans un entretien avec Le Devoir, vendredi dernier.

Le gouvernement québécois réfléchit à « plein de scénarios » afin de redonner vie à ce lieu culturel « magnifique », qui a été ajouté à la liste des immeubles patrimoniaux en 1988, a ajouté le premier ministre depuis son bureau de la colline Parlementaire.

Par sa force symbolique et sa valeur à plusieurs titres, [la bibliothèque Saint-Sulpice] a le potentiel de contribuer à l’imaginaire collectif des générations présentes et à venir

Guylaine Beaudry et Yvon-André Lacroix

L’étendue des travaux à réaliser afin de renforcer des éléments structurels de la bibliothèque Saint-Sulpice — sise sur la rue Saint-Denis entre le boulevard de Maisonneuve et la rue Ontario — n’effraie pas le gouvernement caquiste. « Il y a quand même des investissements à faire, mais il faut protéger Saint-Sulpice », a fait valoir M. Legault, 105 ans après l’ouverture de cette première grande bibliothèque francophone à Montréal.

 

« Écrin magnifique »

La nation québécoise dispose de « très peu de monuments chargés d’autant de sens que la bibliothèque Saint-Sulpice », selon la bibliothécaire en chef à l’Université Concordia, Guylaine Beaudry, et l’ex-directeur général de la bibliothéconomie à la Grande Bibliothèque Yvon-André Lacroix. « Par sa force symbolique et sa valeur à plusieurs titres, elle a le potentiel de contribuer à l’imaginaire collectif des générations présentes et à venir », ont-ils souligné dans une lettre ouverte. Selon eux, la bibliothèque Saint-Sulpice « serait un écrin magnifique pour la conservation et l’interprétation d’une partie du patrimoine du Québec ».

L’avenir de l’édifice signé par l’architecte Eugène Payette paraît incertain depuis la décision de la ministre de la Culture, Nathalie Roy, de tirer un trait sur le projet de bibliothèque laboratoire technologique pour adolescents, comprenant un médialab et un « fab lab », après l’injection de plus de 6 millions de dollars. « Quand elle va être construite, déjà, la technologie sera dépassée », avait affirmé l’élue caquiste en guise de justification.

Le premier ministre assure au Devoir que la culture québécoise ne sera pas sacrifiée sur l’autel du retour à l’équilibre budgétaire post-pandémie. « Il y a d’autres beaux projets qui s’en viennent en culture », a promis M. Legault.