Article de Stéphanie Saucier paru dans le 24 H le 11 février 2010.

Le taux de diplomation universitaire chez les francophones serait de 40 % plus faible que chez les anglophones à cause du «sous-financement» des établissements de langue française, selon la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal, une opinion tempérée par plusieurs experts.

Pour le président de la SSJB, Mario Beaulieu, le fait que «les universités ne reçoivent que 75 % du financement alors qu’il faudrait leur accorder 90 %, affaiblit l’accessibilité aux enseignements supérieures. C’est pour ça qu’il y a moins de diplômés francophones», a-t-il déploré, mercredi, une semaine après la publication des résultats sur les taux de diplomation de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Il considère que la proportion de financement devrait être ajustée à la population. «Il y a 8 % d’anglophone dans la population québécoise, et 25 % du financement leur sont accordés. C’est comme si on leur en donnait trois fois plus que ce qu’ils devraient avoir», a-t-il maintenu.

D’après ses dires, le système actuel finance la formation professionnelle du reste du Canada et des États-Unis puisque «la majorité des diplômés d’universités anglophones quittent la province».

Manque d’étudiants francophones

Le professeur au département de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal, Marc Chevrier, croit plutôt que le faible taux de diplomation n’est pas une question d’argent, mais existe parce que «les francophones n’arrivent pas à occuper l’espace universitaire qu’ils pourraient».

L’auteur de la recherche sur La disparité du système québécois de financement des universités explique en effet que les établissements anglophones montréalais sont tout simplement bien nantis grâce à leur grand nombre d’étudiants.

Puisque l’état donne entre autres de l’argent en fonction du nombre d’inscriptions à temps complet, et que «les universités anglophones attirent les Canadiens anglais, les étudiants étrangers, les Québécois allophones et 19 % des universitaires francophones», ces établissements arrivent à obtenir jusqu’à 30 % du financement public.

«Les francophones font moins d’études supérieures. Il y a eu des progrès, mais pas suffisamment pour que les universités francophones aillent chercher plus d’étudiants», a-t-il indiqué à 24H.

Problème distinct

Même s’il considère aussi que les universités sont sous-financées, le sociologue Mathieu Bock-Côté croit que le faible nombre de diplômés universitaires francophone constitue un problème distinct.

«La sous diplomation des francophones reflète l’échec du système d’éducation québécois qui n’encourage pas l’excellence et la réussite ni la transmission de la culture et des connaissances», a-t-il scandé.

Au ministère de l’Éducation, on considère que les études supérieures sont déjà très accessibles. «Le régime d’aide financière aux études accorde 900 M $ en prêts et bourses et les frais de scolarité sont les plus bas au pays», a soutenu la porte-parole Tamara Davis.

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