Émile Martel | Le Devoir

 

Monsieur le Premier Ministre,

J’ai un fils, Yann Martel, qui a posté très publiquement 101 lettres à un premier ministre. On en a, à l’époque, fait grand cas dans les médias. Pour ma part, je ne vous en ai adressé que deux ces derniers mois puis, comme je ne recevais pas de réponse, 51 — 51 ! — collègues de l’Académie des lettres du Québec vous ont signé le 13 mai une troisième lettre, rendue publique, celle-là ; comme président, je me suis joint à eux.

Cette lettre-ci ne vient pas du président de l’Académie des lettres du Québec. Elle vient de ce que l’on appelle « un simple citoyen », dont le fils a donné l’exemple d’un désir respectueux de dialogue avec le chef de son gouvernement.

On sait que vous êtes un lecteur, on dit que vous aimez la littérature. Vous en connaissez donc l’importance dans ce qui nous singularise, ce qui nous explique à nous-mêmes et au monde. C’est dans le numérique, certes, mais tellement dans l’écrit.

N’allez pas croire que je vais parler d’autre chose que du sort de l’Académie. Yann parlait à M. Harper du sort de son pays et du besoin qu’il avait d’un leadership éclairé, informé, sophistiqué, qui a lu et souhaite qu’on lise. La même courtoisie dont je n’ai pas manqué d’émailler les lettres que je vous ai faites, il l’a utilisée sans faille, mais sans réponse.

L’énergie que j’ai consacrée à vous présenter mon inquiétude en exposant les tenants et les aboutissants de la demande qu’on accorde à l’Académie des lettres du Québec une reconnaissance officielle, accompagnée d’un modeste viatique, ces lettres sont restées sans réponse. Que dois-je faire pour qu’on en parle, vous et moi ?

C’est bien de la société québécoise qu’on parle, et d’un aspect de son avenir ancré dans son passé. C’est de culture qu’il s’agit. Et, quel que soit le titre de vos ministres, l’expérience d’une réunion récente avec celle qui est responsable de la culture nous prouve que c’est vraiment chez vous, sur votre table que cette affaire doit être traitée. C’est une affaire modeste, certes, mais c’est une affaire d’État.

Je prends l’audacieux risque de vous répéter la première phrase de ma première lettre, celle qui date du 11 octobre dernier : « Je ne peux commencer cette demande sans affirmer que ce qui est inutile est souvent nécessaire et ce qui est hors de prix peut parfois coûter très peu. C’est un simple citoyen qui vous présente cette demande. »

Avec mes respects et mes salutations distinguées.

 

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