Alfred, le 11 juillet 2019

Monsieur Carol JOLIN
Président
Assemblée de la francophonie de l’Ontario

Bonjour Carol,

Quels ne furent pas mon grand étonnement et ma profonde déception de prendre note de cette entente que l’AFO a signé récemment en collaboration avec la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (la SANB) et le Quebec Community Groups Network (le QCGN).

Avec tout le respect que je, et nous, devons aux Canadiens de langue anglaise, je ne comprends tout simplement pas la logique et la raison d’être de cette alliance.  Je n’ai pas à répéter ici toute l’argumentation autour de ce dossier, car d’autres ont déjà bien étoffer l’inconfort de voir l’AFO et la SANB s’allier à la collectivité anglo-québécoise contre le gouvernement du Québec.  De toute évidence, je suis loin d’être le seul à être déçu et à n’y rien comprendre.

Comme si la situation des deux groupes linguistiques de ce pays, au Québec et hors-Québec, était identique.  Rien de plus faux.   En une seule constatation :  un Anglophone nait, son avenir linguistique et culturel est acquis dès son premier jour de vie; il naîtra, grandira, s’amusera, travaillera, se mariera, vivra et mourra dans sa langue et sa culture.  Absolument rien à faire pour assurer sa vie et survie d’anglophone. Tant mieux pour lui.

Mais un Francophone nait, et le pronostic vital de sa langue et sa culture est engagé dès sa première journée dans ce pays…et ailleurs.  Le Francophone doit lutter toute sa vie pour assurer le maintien de sa langue et sa culture. C’est un combat perpétuel qui l’attend dès sa première journée sur cette terre, aux niveaux personnel et collectif.  Un monde de différence entre nos deux groupes linguistiques.

Notre avenir doit se vivre plutôt en collaboration étroite avec tous les autres collectivités de la Francophonie d’ici et d’ailleurs, au Canada, au Québec et à l’échelle internationale.  Ne trouves-tu pas que nous avons été trop souvent divisés dans le passé entre Francophones, ayant payé le fort prix pour ce manque de solidarité, en dépit de nos différences?  Et que ces écarts entre nous ont fortement encouragé d’autres, dont, fort malheureusement parfois même des nôtres, à soustraire, retarder, refuser, diluer, ignorer nos droits et acquis?  Les pages de notre Grand livre d’histoire contiennent d’innombrables récits de nos luttes perpétuelles pour défendre notre langue et notre culture.

Je ne doute aucunement de la bonne foi de tous autour de cette entente.  Mais, désolé, c’est tout simplement pas…La bonne entente.

Je t’invite fortement et respectueusement à annuler cette entente. Fort malheureusement, une regrettable erreur à corriger dans les plus brefs délais.

Je te prie d’accepter, cher Carol, l’expression de mes meilleurs sentiments.

 

Jean POIRIER

Alfred Ontario

 

Ancien député franco-ontarien, vice-président, Assemblée législative de l’Ontario
Ancien Chargé de mission, région des Amériques, Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF)
Ancien président, Assemblée de la francophonie de l’Ontario (anc. ACFO)
Ancien président, ACFO de Prescott et Russell

Commandeur, Ordre de la Pléiade, Assemblée parlementaire de la Francophonie
Officier, Ordre National du Mérite de France
Médaille d’honneur, Sénat de la République française
Membre, Ordre des Francophones d’Amérique
Prix Séraphin-Marion et Médaille Bene Merenti de Patria, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal
Prix Lyse-Daniels, Impératif français, Québec