Charles Castonguay | Le Devoir

 

On entend de partout que l’Ontario compterait plus de 600 000 francophones. Ce résultat découle de la définition « inclusive » de francophone qu’utilise le gouvernement ontarien depuis 2009, sur recommandation de son Commissaire aux services en français.

Cette définition considère comme francophone toute personne de langue maternelle française ainsi que toute personne de langue maternelle non officielle qui déclare le français comme langue d’usage. La population francophone qui en découle serait notamment en plein essor dans le sud de la province.

Or, la commission Laurendeau-Dunton représente en cette matière un guide précieux. Jugeant avec raison que l’information sur la langue maternelle demeure en retard sur la réalité, puisqu’elle ne témoigne que de la langue parlée dans la petite enfance, la commission recommandait en 1967 d’énumérer les minorités francophones d’après la langue parlée le plus souvent à la maison au moment du recensement, ou langue d’usage.

Selon cette définition, l’Ontario comptait 352 000 francophones en 1971. Ils étaient 310 000 en 2016. Depuis quelque temps, leur nombre ne recule guère, mais il se redistribue sensiblement. Entre 2001 et 2016, le nord de la province a perdu 22 000 francophones, langue d’usage, tandis que l’est en a gagné 11 000 et le sud, 13 000. La progression au sud n’est donc pas plus fulgurante qu’à l’est.

L’est comptait 168 000 francophones en 2016, soit 54 % des Ontariens de langue d’usage française et 10 % de la population régionale. Le sud n’en comptait que 69 000, qui ne représentaient que 0,6 % de la population de la région.

Notons par ailleurs que la définition proposée par Laurendeau-Dunton est d’emblée inclusive. Les 310 000 francophones qui en découlent comprennent plusieurs milliers d’Ontariens de langue maternelle anglaise ou non officielle qui ont adopté le français comme langue d’usage.

 

Des chiffres contestables

Par comparaison, selon la féfinition inclusive de francophone (DIF), l’Ontario compterait 622 000 francophones, soit deux fois plus. Cela comprend cependant plus de 250 000 Ontariens de langue maternelle française qui parlent l’anglais comme langue d’usage à la maison, dont 30 000 ne sont même plus capables de parler le français.

Pis encore, la DIF compte comme francophones une moitié des 68 000 Ontariens de langue maternelle non officielle qui persistent à parler exclusivement leur langue maternelle comme langue d’usage, mais qui ont tout simplement déclaré pouvoir converser en anglais et en français. Cela viole carrément l’énoncé de la DIF, puisque aucun d’entre eux n’est de langue d’usage française.

Le calcul de la DIF commet d’autres excès du genre. Mais passons.

La DIF recense notamment 225 000 francophones dans le sud de l’Ontario, justement là où l’immigration alimente le plus fortement le nombre d’Ontariens de langue d’usage non officielle qui se déclarent bilingues anglais-français. C’est trois fois plus que les 69 000 francophones dans le sud de la province d’après la définition Laurendeau-Dunton.

La région métropolitaine de Toronto, en particulier, ne compte que 41 000 francophones en 2016 selon Laurendeau-Dunton. Là encore, la DIF en fabrique trois fois plus, soit 121 000. Des 93 000 « francophones » de langue maternelle française qu’y énumère la DIF, 49 000, c’est-à-dire plus de la moitié, parlent l’anglais comme langue d’usage, et 9000 ne peuvent même plus parler français. S’y ajoutent 28 000 « francophones » de langue maternelle non officielle, mais, toujours en violation de l’énoncé de la DIF, 22 000 d’entre eux n’ont pas le français comme langue d’usage.

Les Franco-Ontariens prêtent flanc à la critique en exagérant de la sorte leur effectif. Ils ont remporté la cause de l’hôpital Montfort avec une plaidoirie fondée, au contraire, sur des données incontestables. Y compris sur la langue d’usage et l’assimilation.

 

 

 

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