Pierre-Karl Péladeau | Facebook

Dans son allocution à l’Assemblée nationale française, le premier ministre du Canada a affirmé que « [si] la langue française est toujours si vivante en Amérique du Nord, quatre siècles après la naissance d’un berceau français sur le continent, c’est que le Canada, et notamment le Québec, s’est profondément engagé à la garder vivante ». Attribuer au Canada un tel mérite, en ce jour anniversaire du rapatriement unilatéral, sans le consentement du Québec, de la Constitution le 17 avril 1982, est particulièrement scandaleux.

Cela est d’autant plus injustifié que les modifications adoptées en 1982 ont eu comme résultat d’abroger un pan entier de la Charte de la langue française portant sur la langue d’enseignement adoptée par l’Assemblée nationale du Québec à l’instigation de Camille Laurin et du gouvernement de René Lévesque et visant à assurer la pérennité du fait français au Québec. Et que dire des nombreuses interventions du Procureur général du Canada devant les tribunaux dans des affaires visant à faire déclarer inconstitutionnelles des dispositions de cette même Charte de la langue française.

C’est ainsi que de très nombreuses autres dispositions portant sur la langue de la législation et de la justice ou sur l’affichage commercial ont été invalidées par la Cour suprême du Canada. C’est aussi avec la complicité du gouvernement du Canada qu’ont été annulées des dispositions de la Charte cherchant à mettre fin à une pratique dite des écoles passerelles destinée à contourner l’obligation faite aux nouveaux arrivants d’inscrire leurs enfants à l’école française. Toutes ces interventions sont, en définitive, destinées à faire savoir au Québec que son choix de faire du français « la langue de l’État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires », allaient à l’encontre de la politique canadienne de bilinguisme.

Tout en reconnaissant dans ses lois des droits linguistiques, tant collectifs qu’individuels, à la communauté anglophone et aux nations autochtones, le Québec a tenu, et tient toujours, comme la France, dont l’article 2 de la constitution prévoit que « [l]e français est la langue de la République », à ce que le français soit la langue officielle et la langue commune du Québec.

Il importe d’ailleurs de rappeler au premier ministre actuel du Canada que l’un de ses illustres prédécesseurs, Pierre Elliot Trudeau, avait déclaré qu’avec sa Charte de la langue française, le Parti Québécois de René Lévesque prônait « l’établissement d’une société ethnique, monolithique et dominée par une seule langue ».

Le combat pour assurer la pérennité de la langue française au Québec, dans les Amériques et dans le monde, est, pour reprendre l’heureuse formule d’Ernest Renan, un « plébiscite de tous les jours ». Assurer la pérennité de notre langue n’est pas un combat d’arrière-garde ou un mythe à déboulonner, mais une lutte que le Québec a toujours menée, avec sincérité et conviction, contrairement au Canada, pour faire de la langue française un « outil de modernité, de travail, de prospérité ».

 

 

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