Chronique de Pierre-Luc Bégin oublié dans Le Québécois le 15 janvier 2012

Mon ami Pierre Falardeau disait parfois qu’il écrivait pour ne pas mourir de rage, pour ne pas s’étouffer dans ses vomissures devant toute la bêtise qui le dégoûtait tant. Écrire pour préserver sa santé mentale, pour ne pas « s’ouvrir les veines avec une pelle à neige en plastique », pour ne pas tout casser. Depuis que Falardeau nous a quittés, les envies de vomir ne manquent pas. Pour faire une sélection, c’est l’embarras du choix. Un petit top 5 de la dernière semaine, à la mémoire de mon ami.

5e position : Le gouvernement canadien n’exigera pas que le prochain président du CRTC connaisse le français. En effet, le bilinguisme ne sera pas une exigence. Et laissez-moi penser que Harper et ses redneck n’envisagent pas de nommer un unilingue français! Après les ministres unilingues anglais, les juges unilingues anglais, le vérificateur unilingue anglais, etc. Vraiment, Canada anglais est un pléonasme. La disparition du français, visible au grand jour. Pas surprenant, mais à vomir.

4e position : Conflit chez Rio Tinto Alcan à Alma : la compagnie met ses travailleurs en lock-out, on leur interdit ensuite de manifester et on oblige d’autres travailleurs, ceux du chemin de fer Roberval-Saguenay, à franchir les lignes de piquetage sous peine de perdre leur job et de se faire congédier… Après ça, des fous de la droite extrême comme Éric Duhaime vont nous dire que les syndicats ont trop de pouvoir au Québec! Toute ma solidarité aux gars de Rio Tinto et aussi à ceux de Papiers White Birch, à Québec, crissés à la porte en perdant le fonds de pension qu’on leur avait promis. À vomir.

3e position : Le fou furieux maire Stéphane Gendron à Huntingdon, un autre extrémiste de droite et farfelu de première s’il en est un (disons entre Don Cherry et André Arthur), refuse que la loi 101 s’applique dans sa municipalité. Il défie l’État québécois. Les lois québécoises ne s’appliquent pas dans son patelin : cela menacerait les « droits fondamentaux » des pauvres unilingues anglais qui habitent son coin! Vraiment, il y a des coups de pied au cul qui se perdent. À vomir.

2e position : Nathalie Normandeau… L’ex-ministre des Ressources naturelles et ex-vice première ministre du Québec vient d’être embauchée au poste de vice-présidente d’une grande firme de comptables, collée de près d’ailleurs au monde politique. Libéral, surtout, bien sûr. Il s’agit de la firme Raymond Chabot Grant Thornton. Or, selon TVA, l’une de ses responsabilités pourrait être d’aider les clients de la firme qui désirent tirer profit du Plan Nord… dont elle était la responsable et l’architecte au sein du gouvernement Charest il y a quelques mois! Conflit d’intérêts? Bien non, vous rêvez. Ces pratiques sont légales dans le Québec de Jean Charest. À vomir.

1re position : La palme d’or revient bien sûr à François Rebello. Pour cet arriviste, exit la souveraineté et vive le caquetage à Legault! L’opportunisme, la traîtrise et le mensonge m’ont toujours levé le cœur, mais celui-là risque franchement de me faire trépasser pour crise aigüe de reflux gastrique. Non seulement on apprend que cet ancien péquiste se souciait de la souveraineté comme de sa dernière chemise, qu’il ridiculisait en privé la passion des militants indépendantistes pour la cause et qu’il mentait à tout le monde ou à peu près au PQ et dans les médias par rapport à ce qu’il préparait, mais il a poussé le mensonge jusqu’à affirmer la main sur le cœur qu’il demeurait souverainiste et qu’il n’a jamais voulu nuire au PQ! Si l’indécence a un visage, c’est la grosse face bouffie de suffisance à Rebello. Vaut mieux l’avoir contre nous qu’avec nous, finalement. À vomir tout de même. Deux fois.

Ceci dit, on fait quoi devant tant de cas de bêtises et d’abus, d’opportunisme et de traîtrise, jour après jour, semaine après semaine?

J’en appelle aux Québécois eux aussi révoltés par ce genre de situations, mais qui ne militent pas, qui abandonnent, écoeurés. Chers amis, rien ne changera sans vous. Il faut nous regrouper, nous organiser et agir pour construire un pays du Québec libre et démocratique.

Ça vous dégoûte tous ces cas d’abus et de malversations? Ça vous fait vomir, vous aussi? Bien j’aurais le goût de vous dire : z’êtes pas tannés de vomir bande de caves? Il ne faut pas seulement s’indigner seul dans son salon. Se plaindre dans son coin ne suffit pas. Il faut dénoncer publiquement, écrire, parler à ses concitoyens, s’impliquer, militer, s’investir à fond.

Organisons-nous et agissons si nous voulons changer les choses, si nous voulons un Québec libre et meilleur. Sinon, le Québec risque de mourir pour moitié dans la collaboration et la démission, pour moitié étouffé dans son vomi. Reprenons le Québec en main, ensemble. Il n’y a plus de temps à perdre.

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