Article de Pierre Allard

Au fil des décennies, s’il y a une chose que les Franco-Ontariens ont bien apprise, c’est que les écoles bilingues sont des usines d’anglicisation. L’Ontario français a réussi à se débarrasser des écoles primaires bilingues, des écoles secondaires bilingues, puis des collèges bilingues. Il ne reste qu’à transformer en institutions de langue française les deux monstres universitaires bilingues et anglo-dominants, l’Université d’Ottawa et l’Université Laurentienne… Ce combat usant dure depuis plus d’un demi-siècle et risque de se poursuivre encore longtemps…

Alors quand on apprend qu’un cégep bilingue est projeté au Québec (bit.ly/2PDeqqq), et ce, dans une région (Vaudreuil-Dorion) menacée d’anglicisation, on se dit: coudonc, ils sont fous ces Québécois? Ils sont tombés sur la tête? Ils ne comprennent pas ce qu’est «l’assimilation par bilinguisation collective», une situation vécue partout ailleurs au pays… et déjà en marche dans la région montréalaise et en Outaouais? Se peut-il que François Legault accepte de marcher dans les pas de fossoyeurs du français comme Philippe Couillard et Jean Charest?

Le grand public, ainsi que la plupart des politiciens et des journalistes, ne se donnent jamais la peine d’examiner les données des recensements quinquennaux de Statistique Canada. S’ils le faisaient, ils constateraient – pour les francophones, tant québécois qu’acadiens et canadiens-français – que plus la proportion de bilingues français-anglais est élevée, plus il y a de transferts linguistiques vers la langue dominante dans ce coin de continent… l’anglais. Sur nos territoires, le bilinguisme collectif, c’est une étape de quelques générations, en route vers l’assimilation totale à l’anglais.

Même au Québec, l’anglais se comporte comme la langue majoritaire du Canada, ayant chez un nombre croissant de francophones québécois le même effet d’érosion identitaire, quoique plus lent, que chez les Acadiens et Canadiens français des autres provinces. Dans la capitale fédérale, où le taux de bilinguisme chez les francophones avoisine les 90%, environ le tiers des Franco-Ontariens sont anglicisés ou en voie de l’être. Dans une ville comme Edmunston (N.-B.) où près de 40% des francophones sont unilingues, le taux d’assimilation est nul.

La dynamique est différente au Québec, où le poids du nombre et de l’État ralentit le phénomène d’anglicisation sans toutefois l’arrêter. La région de Vaudreuil-Dorion est exemplaire à cet égard. Entre les recensements de 2006 et 2016 (voir bit.ly/39hZO7E), le taux de bilinguisme augmentait de 61,8% à 65,4%, principalement chez les francophones.

La proportion d’unilingues français y reculait de 31,5% à 23,6% tandis que la part d’unilingues anglais grimpait, de 6,3 à 10,1%. En 2006, Vaudreuil-Dorion était de langue maternelle française à 73,3%; dix ans plus tard, c’est 57%… Pendant ce temps, la proportion d’anglophones (selon la langue maternelle) passait de 16 à 21%… et selon la langue utilisée le plus souvent à la maison, de 21% à 27%…


Au rythme actuel, les francophones seront minoritaires à Vaudreuil-Dorion d’ici le recensement de 2026… Et c’est là qu’on veut construire un cégep bilingue? C’est insensé. Cela ne fera qu’accélérer l’anglicisation. Ce qui se passe dans la grande région montréalaise constitue un bien meilleur motif d’étendre l’application de la Loi 101 aux cégeps, pour obliger les allophones (et les francophones) à poursuivre leurs études en français tant qu’ils fréquentent le secteur public gratuit.

Y as-tu quéqu’un à Québec qui va ouvrir les yeux sur la vraie réalité linguistique?