Article de Martin Croteau oublié dans La Presse le 20 janvier 2012

Stephen Harper néglige le Québec, ses ministres québécois sont sans influence, et ses plus fidèles supporters dans la province en ont ras le bol. C’est ce que dénonce un militant de longue date du Parti conservateur dans une lettre ouverte qui prévient le premier ministre que son indifférence est en train de creuser un fossé entre le Québec et le reste du Canada.

Photo La Presse

«Nous observons la lente séparation de facto du Québec du reste du pays, émotivement, spirituellement et intellectuellement», dénonce Peter White dans une lettre publiée par le magazine Maclean’s.

Résidant de Lac-Brome, M. White milite au Parti conservateur depuis 60 ans. Il a travaillé à Ottawa pour Brian Mulroney dans les années 80, et n’a jamais quitté le parti malgré la déroute électorale du début des années 90.

Aujourd’hui président de l’Association du Parti conservateur de Brome-Missisquoi, il en a marre de soutenir un premier ministre qui semble avoir tourné le dos à sa province.

«Aucun leader conservateur, du moins depuis Diefenbaker, n’a été perçu par les Québécois comme étant aussi gratuitement indifférent à leur égard que M. Harper et son gouvernement majoritaire, dénonce M. White dans sa lettre. Les leaders précédents semblaient tous au moins essayer de leur être sympathiques et compréhensifs.»

Le militant affirme qu’une série de décisions gouvernementales, somme toute anodines au regard de l’intérêt national, ont été perçues comme des camouflets par les Québécois. Le cas le plus énorme: la nomination de l’unilingue anglophone Michael Ferguson au poste de vérificateur général l’automne dernier.

M. White affirme par ailleurs que les quatre ministres québécois de M. Harper – 80% des élus de la province – n’ont ni «influence», ni «visibilité» au gouvernement.

«Aujourd’hui, écrit-il, la voix du Québec est pratiquement absente des coulisses du pouvoir à Ottawa, ou à tout le moins sa voix est devenue bien faible et bien facile à ignorer.»

M. White reconnaît que le premier ministre a multiplié les tentatives pour conquérir l’électorat québécois. M. Harper a notamment reconnu la nation québécoise, mis fin à la querelle sur le déséquilibre fiscal, et il commence chacun de ses discours en français.

Mais le Parti conservateur n’a jamais pu élire plus de 10 députés québécois sous M. Harper. Et depuis qu’il dirige un gouvernement majoritaire, dénonce la lettre, le premier ministre semble avoir d’autres préoccupations.

Or, prévient M. White, la «déquébécisation» du gouvernement fédéral mènera inexorablement à la «décanadiennisation» du Québec. Cette situation devrait préoccuper le premier ministre au plus haut point. Car, malgré les déboires du Parti québécois, le mouvement souverainiste est loin d’être mort.

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